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Histoires à la gomme ....

William C.Frederick Grover


"Monsieur Williams" …




De tous les personnages hors norme dont l'histoire des sports mécaniques a (ou non !) retenu le passage ici-bas, William Grover, plus connu sous le pseudonyme de "Williams", demeure le plus emblématique. Ne serait-ce qu'en raison de la part d'ombre qui subsiste autour du personnage, dans un parcours tragiquement interrompu par les bourreaux d'un camp de concentration nazi …




René B.

Photos: collection de l'auteur, D.R.



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Vainqueur du premier G.P. de Monaco !


Son père est Anglais, sa mère est française, et c'est dans la région parisienne, à Montrouge, que William Charles Frederick Grover voit le jour, le 16 janvier 1903. Parfaitement bilingue dès son plus jeune âge, William grandit en France, puis à Monaco, lorsque la famille Grover se replie en Principauté, lorsqu'éclate la Première Guerre Mondiale. Fasciné par les véhicules à moteur, qu'il s'agisse d'une moto ou d'une automobile, l'adolescent est engagé, en 1919, en qualité de chauffeur, par le peintre irlandais Sir William Orpen, que ses toiles hautement figuratives, évoquant la Grande Guerre, ont rapidement rendu célèbre. Revenu, pour la circonstance, à Paris, Grover est un habitué assidu des courses de moto, mais il ne tarde guère à lorgner vers les engins à quatre roues …


De l'Hispano à la Bugatti



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"Williams" et son épouse dans un torpedo Type 43


Sa carrière de motard, Grover l'a vécu sous le pseudonyme de "W.Williams", qu'il va conserver tout au long de sa vie de pilote de course. Celle-ci débute, assez curieusement, dans le Rallye de Monte Carlo, avec une Hispano-Suiza H6 qu'il acquiert d'occasion. Cette voiture va lui offrir l'opportunité de pratiquer la course de côte, cette discipline étant alors très appréciée dans le sud-est de la France, tout particulièrement sur les hauteurs du pays niçois et de Monaco. Mais si ces participations montagnardes lui donnent l'occasion de rencontrer le grand champion Robert Benoist, avec lequel il noue des liens solides, elles démontrent aussi le manque de compétitivité de l'Hispano, certes puissante, mais beaucoup trop lourde …

Ce constat le pousse à se rapprocher de Bugatti, chez lequel il acquiert l'incontournable Type 35 (en fait une 35T, comme "Targa Florio" ), en juillet 1926. Avec cette voiture, "W.Williams" termine second dans le G.P. de Provence, à Miramas. Une 35C (à compresseur, donc) lui succède en novembre 1928, puis un modèle identique en septembre 1930. Mais s'il achète ses Bugatti, "W.Williams" noue aussi des liens étroits avec Molsheim, où l'on n'hésite pas à lui confier, de temps à autre, un volant "d'usine". C'est, toutefois, avec sa voiture que "Williams" (qui a laissé tomber le "W" ) s'adjuge le G.P.de France 1928, puis le tout premier G.P. de Monaco, deux mois plus tard ! Sa Bugatti est, pour la circonstance, peinte aux couleurs nationales anglaises, un vert assez palichon si on le compare au "british racing green" habituel, beaucoup plus soutenu … (1) En 1931, le pilote anglo-français s'illustre dans le G.P. de Belgique, et obtient sa première d'une série de trois victoires dans le populaire et très couru -par les "people" du moment- G.P. de La Baule. Il met fin à sa carrière sportive à la fin de la saison 1933.


"L'énigme franco-anglaise" …

Entre-temps, le chauffeur de maître a épousé … la maîtresse de son patron, le mannequin Yvonne Aubicq. Il a évidemment quitté le service de Sir W.Orpen (la légende veut que ce dernier, ayant lui-même mis fin à la liaison, ait offert à Yvonne un appartement de luxe, sa Rolls Royce et le chauffeur !), et mène une existence confortable auprès de son épouse, qui a converti son mari à l'élevage des chiens de la race "Aberdeen Scotish Terrier". Une vie de grands bourgeois aisés, qui se déroule entre une propriété anglaise, l'appartement parisien et une résidence à La Baule, puis à Monte Carlo. William C.F.Grover est toujours très proche des Bugatti, Ettore et Jean, et il joue le rôle d'un "représentant de luxe" de la marque. Ce qui lui permet d'utiliser de nombreuses Bugatti de route, que "Williams" livre à travers la France, et l'Europe, à des clients privilégiés, auxquels il donne quelques leçons de conduite, paraît-il souvent nécessaires. C'est ainsi que le couple Grover se balade souvent dans la mythique 57 S "Atlantic" (châssis N° 57453, sortit d'usine en 1936), cette voiture étant aussi couramment utilisée par Jean Bugatti et Robert Benoist. C'est au cours d'un séjour à Nancy que Grover, excellent photographe, réalise devant les grilles de la Place Stanislas une superbe vue de la "57453", avec la complicité de Mme Grover et de plusieurs toutous "Aberdeen" !


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Le beau cliché de la Place "Stan" ....



Pour autant, n'allez pas croire que Bugatti rémunère grassement son V.R.P., ce qui n'est pas important, puisque les Grover jouissent d'une confortable fortune personnelle. D'où vient-elle ? William, dont le père était éleveur de chevaux, n'est pas le fils d'une famille richissime, et Yvonne, née Aubicq, pas davantage … La revue "Motors Sport" parle, dès le début des années trente, de "l'énigme franco-anglaise", à propos du vainqueur du G.P. de Monaco. Dès lors, il n'est pas exclu que "Williams", réputé enrôlé par les services secrets britanniques lors de la déclaration de guerre, en 1939, ait été un agent anglais bien avant cette date ! Son entregent, sa personnalité, sa réputation de pilote de course, lui procurent l'occasion de se déplacer beaucoup, et partout, de lier connaissance avec tout un chacun et, paradoxalement, de bénéficier de la meilleure des "couvertures". Celle du "gentleman-farmer so british", un brin oisif, polyglotte, un tantinet snob et, a priori, parfaitement inoffensif …

"Sébastien", exécuté à Sachsenhausen

Ceux qui partagent avec nous le ravissement procuré par la lecture des bouquins de John Le Carré objecteront, à juste titre, que la bureaucratie tatillonne des services secrets de Sa Majesté, notamment en matière de notes de frais, s'accommode mal d'une telle hypothèse. Mais celle d'un "Williams" devenant, quasiment du jour au lendemain, un officier du "Special Operations Excecutive", chargé de la délicate et périlleuse mission de mettre en place un réseau d'aide à la Résistance, dans la France occupée, n'est pas moins tirée par les cheveux ! D'autant plus que la tâche des agents du "S.O.E.", fixée par Winston Churchill lui-même, était de "mettre le feu à l'Europe".


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William Grover, "Vladimir" pour ses camarades du centre d'entraînement du "S.O.E.", est parachuté dans la nuit du 30 au 31 mai 1942, quelque part dans la campagne normande. Il est en compagnie d'un autre membre du "S.O.E.", Christopher Burney, alias "Charles". Les deux hommes sont chargés de créer le réseau de sabotage "Chestnut" ("Chataîgne" ), mais "Charles" est capturé peu après leur arrivée à Paris, où ils devaient attendre un renfort de Londres, qui ne viendra jamais … Devenu "Sébastien", Grover s'est installé dans un logement qui, évidemment, n'est pas celui de sa femme ! Las d'attendre les autres "joeys" qui doivent se joindre à lui, "Sébastien" active ses contacts parisiens, notamment son ami le pilote (et chef des ventes de Bugatti) Robert Benoist, et lorsqu'un opérateur radio arrive enfin d'Angleterre, "Chesnut" peut commencer sa mission. Création de "cellules" de sabotage, livraison d'armes par parachutage, etc … Benoist, qui a pris le nom de guerre de "Lionel", utilise les camions de chez Bugatti entre les zones de largage et les destinations finales de la marchandise. "Chesnut" est rattaché à un autre réseau, plus important, baptisé "Prosper", et la chute de celui-ci, en juillet 1943, met en péril l'organisation de "Sébastien", dont le radio est arrêté en août 1943. Le capitaine Grover-Williams est capturé à son tour, et est aussitôt déporté au camps de Sachsenhausen, près de Berlin, où les nazis l'exécuteront en mars 1945.



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"Lionel", mort à Buchenwald



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Benoist récupère le capot de sa Bugatti Type 59, mais devra stopper au box !


Arrêté au cours d'un banal contrôle routier, Benoist parvient à fuir, dans des conditions particulièrement rocambolesques (2), et passe en Angleterre. Là bas, il reçoit l'entraînement des agents du "S.O.E." avant de revenir en France, début 1944. Mais son nouveau réseau, "Clergyman", qui utilise des éléments rescapés de "Chestnut", est vite repéré par la Gestapo. Avec un employé de Bugatti, M.Clavel, ils manquent se faire prendre chez un ami, Roger Labric (lui aussi très proche de la firme de Molsheim), et s'enfuient par les toits, en traînant deux valises de documents !

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Benoist fera triompher la Delage 1,5 litres dans la plupart des grandes compétitions européennes ....


En dépit de la pression constante des occupants, "Clergyman" (auquel se sont joints le pilote Jean Pierre Wimille et son épouse, la championne de ski Christiane de La Freyssanges) parvient à assumer de nombreuses missions de parachutage, les armes étant cachées dans une petite maison de campagne louée par les Wimille, à Sermaize (Seine et Oise).


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La championne de ski Christine de La Freyssanges, épouse de J.P.Wimille


En mai 1944, Benoist est arrêté, et après une série d'interrogatoires douloureux, il est interné au Camp de Büchenwald, où il est exécuté par pendaison le 12 septembre 1944. La Gestapo fait une descente à Sermaize, et capture Christiane Wimille, Jean Pierre réussissant à prendre la fuite pour rejoindre l'armée de libération qui a débarqué en Provence. Enfermée à Fresnes pendant de longues semaines, en compagnie de Stella Teyssèdre, secrétaire d'Ettore Bugatti et membre du réseau (elle parviendra à se libérer en arguant de sa nationalité hollandaise d'origine), "Cric" Wimille est intégrée à un convoi en partance pour l'Allemagne, en août 1944. Par un coup de chance invraisemblable, elle parvient à s'échapper lors d'un arrêt du côté de Nanteuil, dans l'Aisne, lorsqu'elle reconnaît son frère Hubert parmi les gens de la Croix Rouge qui sont sur le quai.


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Ettore Bugatti était-il au courant ?


Voici résumée et (très !) synthétisée l'histoire des réseaux "Chestnut" et "Clergyman", connus sous le nom de "Réseau des Racing Drivers" (3), dont on peut trouver l'évocation détaillée dans l'ouvrage de Joe Saward "The Grand Prix Saboteurs" (4). Reste une question en suspens, que les exégètes de la Marque ne semblent pas s'être très sérieusement posée


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C'est celle du rôle qu'a joué -ou qu'aurait pu jouer- Ettore Bugatti dans ces actions de Résistance. Le "Patron" est, en ces sombres années d'occupation, un homme brisé. La disparition de Jean Bugatti, qui s'est tué le 11 août 1939 au volant du "tank" 57G qu'il essayait, entre chien et loup, sur la route de Strasbourg, la réquisition des usines de Molsheim par les troupes allemandes, la mort de son père Carlo Bugatti, l'injonction qui lui est faite de se replier à Bordeaux, autant de drames successifs qui plongent ce battant dans un univers cauchemardesque. Lorsqu'il revient à Paris, Ettore installe ses bureaux rue Boissière, dans l'appartement dont il est propriétaire depuis 1916. Il s'est remarié avec Geneviève Delcluze, dont il aura deux enfants, Thérèse et Michel. Il va mener, à la Libération, un ultime combat pour récupérer ses établissements alsaciens, ce qui passe par une difficile obtention de la nationalité française. C'est donc (enfin !) français, et depuis peu rétablit dans ses droits de propriétaire de Molsheim, que Ettore Bugatti, épuisé et à peine conscient, s'éteint le 21 août 1947 à l'Hôpital Américain de Neuilly, à l'âge de 66 ans.

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Jean-Pierre Wimille, un autre très proche des Bugatti


Alors, quid de l'attitude de Bugatti vis-à-vis des réseaux qui gravitent au plus près de son entourage ? S'il est probable, sinon certain, que l'homme n'a pas eu de rôle actif, comment imaginer qu'il n'ait pas été, plus ou moins, au courant de l'existence de "Chestnut" et de "Clergyman" ? Stella Teyssèdre, sa proche secrétaire, ses pilotes, employés et amis, "Williams", Benoist, Wimille, Labric, mais aussi nombre d'autres collaborateurs, sont très directement impliqués dans la Résistance, le bureau de la rue Boissière sert de "boîte aux lettres", Benoist et Wimille utilisent les camions de la société pour la récupération des armes parachutées, etc… Le "Patron" est peut-être fatigué, mais certainement ni sourd, ni aveugle ! Conclure de tout ce qui précède que Ettore Bugatti ait, au minimum, fermé les yeux avec bienveillance sur ce tourbillon d'activités "séditieuses", ne relève pas de l'hypothèse hasardeuse et gratuite …



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Stella Teyssèdre (ici avec son époux) était l'une des cheville ouvrière des réseaux initiés par "Williams" et Benoist, et la secrétaire personnelle d'Ettore Bugatti !


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1) La belle sculpture grandeur nature qui orne l'îlot directionnel du virage de Sainte Dévote, sur le circuit de Monaco, commémore l'événement. Ce bronze, signé François Chevalier, nous montre la fidèle reproduction de la Bugatti Type 35 C, et celle des traits de "Williams", qui arbore en outre la casquette "à l'envers" dont il se coiffait en course.

2) Benoist est arrêté à un barrage, alors qu'il circule au volant d'une berline Type 57 "Galibier" appartenant à Bugatti, et les allemands décident de s'occuper d'un peu plus près à ce citoyen qu'ils jugent suspect ! Pour le conduire à la plus proche "Kommendantur", les militaires organisent un convoi, quelques véhicules précédant la Bugatti, et quelques autres la suivant. Au premier croisement, Benoist tourne tout simplement à droite, sur l'autre voie, et fait parler la cavalerie du 3,3 litres "double arbre" … Le temps que ses "gardiens" organisent la poursuite, le pilote le plus doué de sa génération est, évidemment, bien loin … La "Galibier" existe toujours, repeinte en deux tons (rouge/noir), et flanquée de la roue de secours figurant au droit de l'aile avant.


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3) "Le Réseau des Racing Drivers", Taxi Productions, 1997. Ce document vidéo, signé Laurent Guyot et Armel Gamacho, en deux parties de 54 minutes chacune, est un précieux témoignage sur l'action des réseaux dirigés par "Williams" et R.Benoist.




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4) Cet ouvrage, édité par son auteur, un journaliste britannique spécialiste du sport automobile et de la "Formule 1", est une mine d'or. On le trouve facilement sur les sites de vente en ligne.
Les derniers commentaires
philX
03 avril 2019 à 02h16
 
Trés intéressant sujet mélant l'automobile et l'histoire.
Merci.
Nenelechampenois
03 avril 2019 à 23h14
 
Merci à toi pour cet élogieux billet. Ca fait toujours plaisir §
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