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Nenelechampenois » Big Blog Blag » La Bugatti du Prince ......

La Bugatti du Prince ......

De l' héritier de l'Empereur Napoléon 1er

aux ateliers de « Ghia-Aigle », la 57 SC

devenue un coupé GT aux lignes

fluides !


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Née 57 SC en juillet 1937, munie d'un compresseur installé par l'usine, livrée en châssis nu à la même époque par le concessionnaire genevois Jean Séchaud à un certain Louis de Montfort, la Bugatti dont il est ici question possède un historique limpide … Pour autant, c'est un modèle d'exception, si l'on considère que cette machine destinée à la compétition s'illustra aux mains d'un pilote-propriétaire lui aussi exceptionnel, et que son destin l'a conduisit à changer radicalement d'avenir !


René B.
Photos: D.R. et collection de l'auteur



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Cette voiture est, semble-t-il, la huitième Bugatti commandée par Louis de Monfort, qui possède ou a possédé un roadster 43A, une 35B, un roadster 55 et quatre Type 57, dont un cabriolet Vanvooren et une rare « Grand Raid ». La 35B (N°4913) était gréée en sport, avec ailes et phares, et elle a permis à son propriétaire de tâter de la compétition à partir de 1936. L'homme, un grand gaillard taillé en athlète, doté d'un physique d'acteur de cinéma, est un sportif accompli, notamment skieur de haut niveau, et alpiniste chevronné.


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Unique 57 SC livrée d'origine, avec le compresseur, en châssis nu, la voiture est réceptionnée le 26 juillet 1937 par le concessionnaire Bugatti de Genève, J.Séchaud. Louis de Monfort, dont le patronyme plus officiel est Louis-Napoléon Bonaparte, fait habiller l'ensemble d'une très légère -voire sommaire!- carrosserie « roadster-compétition », dont la silhouette rappelle beaucoup celle que Raymond de Saugé et Leoz ont piloté aux « 24 Heures du Mans » en 1938. Conservant phares et feux arrière, la 57 SC est classée dans la catégorie « sport », que Louis de Montfort remporte en juin 1938, sur le circuit de Bremgarten, à Berne, avant de s'imposer en septembre à la Course de Côte de Cassaccia. En 1939, celui qui a rang de Prince et de chef de la Maison Impériale de France, démontre à nouveau ses talents de pilote et l'efficacité de sa Bugatti en remportant les courses de côte de La Vue des Alpes puis des Rangiers, où Louis de Monfort gagne aussi la catégorie « Tourisme » avec son cabriolet Vanvooren. Le Prince signe également un nouveau succès en « Sport » en marge du G.P. De Suisse, sur le Bremgarten.


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Remisée en Suisse, puis « parisienne » et cédée à un architecte

Pendant toute la durée de la Seconde Guerre Mondiale, la Bugatti est conservée dans la propriété familiale, à Prangins, sur les rives du Lac Léman. Louis Napoléon Bonaparte s'engage dés 1939 dans la Légion Etrangère, puis rejoint la Résistance française pour la durée du conflit. Son comportement dans les combats lui vaudront, outre une grave blessure, la Légion d'Honneur à titre militaire, et l'autorisation signée par De Gaulle en personne de résider en France ….
En 1945, Louis Napoléon Bonaparte achète un appartement à Paris, où la Bugatti jusqu'alors enregistrée à Genève est immatriculée « 423 RP 7 ». Afin d'utiliser la 57 SC sur la route, son propriétaire fait installer un grand pare-brise en une pièce.

A la fin des années quarante, ou au début de la décennie suivante, la Bugatti est mise en dépôt-vente chez Séchaud, à Genève, et elle est achetée fin 1952 par un nommé André Bordigoni. Cet architecte genevois, d'origine italienne, est un grand admirateur de Bugatti. Il a roulé avec un coach Ventoux, puis un cabriolet Type 49 plus ancien …

Un coupé 2+2 inspiré de l'école italienne ….

Lorsqu'il achète la 57 SC chez Jean Séchaud, notre homme a une idée derrière la tête : utiliser le châssis et la mécanique pour transformer le roadster en un coupé aux lignes modernes ! Aujourd'hui, la pratique fait sursauter le plus ouvert des collectionneurs, mais en 1953, une Bugatti n'est pas encore élevée au rang d'icône. Pour le citoyen lambda, c'est une « vieille bagnole », qui plus est inutilisable au quotidien, compte-tenu de sa complexité mécanique et de sa gourmandise en carburant, et pour le passionné, ce n'est pas encore un objet sacralisé. Encore moins un placement financier … Excellent dessinateur, André Bordigoni jette sur le papier les grands traits de son coupé 2+2, s'inspirant tout naturellement des créations italiennes contemporaines, voire de la silhouette épurée d'une Aston Martin DB2, et en confie la réalisation à la célèbre filiale suisse de la carrosserie Ghia, installée à Aigle, dans le canton de Vaud. Les travaux sont rondement menés, et le résultat est tout à fait plaisant, y compris grâce à une intégration intelligente d'une calandre typiquement « Bugatti », même si on peut regretter les deux éléments horizontaux (inspirés par Alfa Romeo ?) qui alourdissent un tantinet l'ensemble … Si on compare cette GT « dans le vent » à d'autres tentatives de « modernisation » sur les mêmes bases, comme le coach Antem ou l'extravagant roadster de Virgil Exner, sans parler de la carrosserie, pourtant sympathique, signée par Jean Tunesi sur le châssis 57 385 , on peut raisonnablement la considérer comme la plus homogène et, pour tout dire, la plus réussie des trandfuges du Type 57 S.



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Des dessous plus rétifs que l'habillage !

Si, aujourd'hui, la voiture immatriculée « GE 30155 » propose une jolie robe d'un vert doux et lumineux, les clichés d'époque montre une carrosserie à la peinture beaucoup plus sombre, noire ou bleue marine. C'est avec cette couleur qu'elle est réceptionnée au printemps 1954, par un propriétaire impatient d'en tirer la quintessence … supposée ! En effet, André Bordigoni se plaint d'une tenue de route médiocre, et des performances limitées de la 57 SC, dont les dessous ont maintenant près de vingt ans, et dont le poids originel a considérablement augmenté, la carrosserie étant intégralement en acier. Sur les pentes de la station valaisane d'Ollons-Villars, Bordigoni a l'occasion de confronter sa Bugatti à une légère Porsche 356 confiée par un parent, et le comparatif est sans appel. En outre, une panne interrompt un voyage à travers le Tessin, et l'architecte se débarrasse promptement de la 57 « Ghia-Aigle », cédée à la fin de l'année 1955 à un acheteur qui, illico, endommage très sérieusement la voiture dans un accident de la route ! La 57 SC est alors récupérée par un musicien genevois, Robert Baer, qui a saisi l'intérêt de préserver les voitures anciennes, surtout lorsqu'elles arborent un blason prestigieux. Baer a également compris que les Etats Unis regorgeaient d'amateurs de belles voitures européennes, et a instauré un commerce lucratif avec plusieurs de ces collectionneurs volontiers compulsifs …

Mister Shakespeare et les frères Schlumpf entrent dans la danse !

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Parmi eux, figure John Shakespeare, possesseur de plusieurs dizaines de Bugatti, dont la Royale « Park Ward » ex-Cuthbert, et de quelques autres perles rares, qui devient le nouveau propriétaire du coupé « Ghia-Aigle » en 1958. La voiture a-t-elle été réparée en Suisse avant son départ pour l'Illinois, ou bien est-ce Shakespeare qui l'a reconditionné ? La première hypothèse est la plus plausible. Le châssis 57 561 retrouve son Alsace natale dès 1964, lorsque les frères Schlumpf rachètent sans autre forme de procès les trente Bugatti du collectionneur américain, qui sont acheminées vers Mulhouse sur des wagons de chemin de fer. Il est aujourd'hui l'un des modèles Bugatti parmi les plus authentiques présent au sein des collections du Musée National de l'Automobile.


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Louis-Napoléon Bonaparte, un personnage d'exception ...


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Descendant direct de Jérôme Bonaparte, frère de l'empereur, le Prince Louis-Napoléon Bonaparte, est né à Bruxelles en 1913, fils de la Princesse Christine de Belgique et du Prince Victor-Napoléon Bonaparte. Il devient Altesse et prétendant au trône impérial de France en 1926, à la mort de son père. Héritier de la propriété familiale sise à Prangins, près de Genève, c'est là qu'il s'installe en 1932. Frappé, comme tous les membres de la lignée napoléonienne, d'un arrêté d'interdiction à résider en France, Louis de Montfort demande aux autorités compétentes l'autorisation de s'engager dans l'armée française, lorsque la guerre est déclarée, en août 1939. Il « contourne » le refus catégorique du Ministère des Armées en s'engageant, sous le nom de Louis Branchard, dans ... la Légion Etrangère ! Démobilisé pour cause d'Armistice, Louis-Napoléon Bonaparte entre aussitôt dans la Résistance et participe activement à la libération de la France. Sa conduite exemplaire lui vaut de recevoir de nombreuses distinctions, dont la Légion d'Honneur à titre militaire, la Croix de Guerre et la Médaille de la Résistance, ainsi que l'autorisation à résider en France, qui devient caduque lorsque la loi d'exil est abrogée, en 1950.
Bien que chef de la Maison Impériale, titre qu'il refusera à son fils au bénéfice de son petit-fils, l'homme ne manifeste aucune prétention politique, se contentant de gérer les collections historiques de sa famille, qu'il léguera à l'Etat Français. Louis-Napoléon Bonaparte s'éteint en mai 1997, à Prangins. Après ses obsèques célébrées en l'église Saint Jean des Invalides, il est inhumé à Ajaccio, dans la chapelle impériale. S'il ne posséda jamais de « Royale », cet authentique prince du sang fut, de loin, le plus titré des amoureux de Bugatti !
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