Caradisiac® utilise des traceurs (cookies et autres) pour assurer votre confort de navigation, pour réaliser des statistiques de visites ainsi que pour vous proposer des services et des publicités ciblées adaptés à vos centres d’intérêts. En poursuivant votre navigation, vous en acceptez l'utilisation. Pour plus d’informations et paramétrer vos traceurs : En savoir plus

 
Publi info
S'abonner à ce blog
Nenelechampenois » Big Blog Blag » Drôles d'Alpine !

Drôles d'Alpine !


L'incroyable histoire des Alpine A 106 "made in Belgium"




René B.

Photos: Jean-Jacques Mancel et collection de l'auteur





Il n'y a pas que l'Espagne, le Brésil, la Bulgarie ou la Yougoslavie qui peuvent se targuer d'avoir produit des Alpine conçues en France, et construites sur place … Bien avant ces pays, la modeste (par sa taille !) Belgique a donné à l'ancêtre A 106 l'étonnant statut de "voiture internationale" ....


rbrbVoir l'image en grand0 vote


Au milieu des années 50, l'activité de la manufacture d'armement de Herstal -une cité de 35 000 habitants située dans la grande banlieue de Liège- est en perte de vitesse … Mr. Smal, qui y est employé en qualité de technicien, et un petit groupe de six ou sept personnes, comme lui spécialistes de la mécanique de précision, décident de quitter l'entreprise, pour se lancer dans une nouvelle carrière.
Car Mr. Smal et ses compagnons ambitionnent, rien moins, que de perpétuer l'une des traditions industrielles locales, la construction mécanique motorisée. En effet, Herstal a abrité, depuis l'aube du XXème siècle (et compte alors toujours), plusieurs firmes de constructions d'automobiles, et surtout de motocyclettes, y compris au sein de l'établissement qu'ils viennent de quitter, la "Fabrique Nationale d'Armes de Guerre". Les motos FN, qui s'inspirent surtout des BMW allemandes, sont bien connues des amateurs de "deux roues" historiques …



rbrbVoir l'image en grand0 vote

rbrbVoir l'image en grand0 vote

Mr. Smal et ses amis songent, dans un premier temps, à importer en Belgique les voitures sportives italiennes Moretti, qui utilisent des éléments mécaniques empruntés à diverses Fiat. Toutefois, aux yeux du "leader" de la petite équipe, cette activité -qui va, d'ailleurs, assez rapidement, tourner court !- n'est que le prélude à une entreprise beaucoup plus ambitieuse … L'homme envisage de créer sa propre marque d'automobile, et de construire sa voiture de A à Z, y compris le moteur, la boîte de vitesses et la structure !

Rencontre opportune au Salon de Bruxelles

"Mon père, nous a dit Mr. Smal fils, âgé de 76 ans au moment de l'entretien, était un infatigable chercheur, toujours à l'affût d'une idée nouvelle, toujours prêt à relever les défis techniques les plus ardus, toujours soucieux d'apporter une solution aux problèmes que les autres n'avaient pas put, ou sut, résoudre !".


rbrbVoir l'image en grand0 vote


Cette A 106 est française, comme en témoignent ses clignotants et ses prises d'air

Au Salon de l'Automobile de Bruxelles 1956, MMrs Smal père et fils tombent en arrêt devant le modeste stand qui abrite un joli petit coach en fibre de verre, utilisant un ensemble mécanique de 4 CV Renault. Le constructeur de cette auto, baptisée Alpine A 106 (1), un certain Jean Rédélé, est présent, et la conversation s'engage entre les trois hommes. Très vite, Mr. Smal père s'ouvre de ses projets au jeune parisien, qui lui conseille de ne pas s'aventurer dans une voie aussi périlleuse constituant à étudier une automobile totalement inédite, entreprise qui réclame d'énormes moyens financiers, techniques, et humains. Rédélé lui cite, à l'appui de son propos, son propre exemple ! Construire "sa" voiture, certes, mais en s'appuyant sur des éléments mécaniques et structurels existants, quitte à prendre quelques libertés avec les uns et les autres … De fil en aiguille, on en vient à évoquer une possible collaboration, et rendez-vous est pris avec Jean Rédélé, à Paris, pour envisager un éventuel accord, qui consisterait à devenir une sorte de filiale (le mot est un peu fort, mais pas exagéré !) d'Alpine en Belgique.


rbrbVoir l'image en grand0 vote


rbrbVoir l'image en grand0 vote


"Moi, qui avait alors 22 ans, poursuit Mr. Smal fils, j'étais tout à fait ravi de la tournure que prenaient les événements ! Passionné d'automobile et de mécanique, j'étais mûr pour me lancer dans l'aventure … Je crois, d'ailleurs, que mon père souhaitait m'associer au projet, et que c'est en partie à mon intention qu'il avait monter toute l'affaire ! D'autant plus que le groupe initial avait fondu, et que le dernier fidèle de celui-ci ne tarda guère à s'en aller, lui aussi …"


Ni contrat, ni signature !

La seconde rencontre avec le fondateur des Automobiles Alpine déboucha rapidement sur un accord. "Plutôt, donc, que de s'embarquer dans une aventure improbable, consistant à créer nos propres voitures, il fut décidé de construire la A 106 à Herstal. Autant qu'il me souvienne, il n'y eut aucun montage financier, ou même commercial, entre nous et Jean Rédélé. Pas même un contrat écrit, voire un simple document signé ! La chose, aujourd'hui, peut paraître invraisemblable ! C'était vraiment une autre époque …".



Mr. Stal se rappelle parfaitement de la réception des moules de la carrosserie, à la gare de Herstal. Ils arrivaient directement de chez Chappe et Gessalin, qui venaient tout juste de s'installer à Brie-Comte-Robert. Il se souvient tout aussi nettement d'être allé chercher, au même endroit, les premières plate-formes de 4 CV, avec leur mécanique et leurs trains roulants, venus de Billancourt où la famille Smal les avait commandé. "C'était avec une petite remorque, tractée par une Dauphine !".

Nous sommes, alors, au début de l'an 1957. Les premières A 106 "made in Herstal" sont assemblés dans les locaux de la rue Crucifix, dont l'adresse (du 4 au 12) "laissait croire à une entreprise beaucoup plus vaste qu'elle ne l'était …", sourit notre interlocuteur. "On fixait les châssis sur un cadre, avec ce qu'il fallait d'entretoises mobiles pour que la coque s'adapte parfaitement à la plate-forme. Tout était vissé ou collé, et l'assemblage posait toujours, à un stade ou à un autre, des problèmes d'ajustement, en particuliers au niveau des passages de roues et de la baie de pare-brise". On notera que ces pare-brise, qui n'étaient donc plus des lunettes arrière empruntés à la Frégate étaient fabriqués identiquement à ceux des versions françaises, mais à l'unité et sur demande, par un artisan spécialisé, qui utilisait, comme gabarit, un "master" en bois. Cela aussi est complètement inimaginable de nos jours !

Apprentissage du polyester "sur le tas" …

Nos constructeurs wallons n'avaient, lorsqu'ils se sont lancé dans cette fabrication, aucune expérience du travail du polyester. "Nous avons appris à maîtriser les techniques de moulage et de ponçage "sur le tas". Comme je vous l'ai déjà dit, mon père aimait relever les challenges difficiles, et je partageais totalement son goût pour ce genre d'exercices !".



rbrbVoir l'image en grand0 vote


Bien entendu, aucun modèle ne ressemblait vraiment à un autre. "Toutefois, nous avions adopté des solutions qui nous semblaient meilleures que celles utilisées par Alpine. Ainsi, les charnières de portes et le garnissage intérieur étaient différents, plus solides, et assurant une meilleure étanchéité, d'autant que, chez nous, le déflecteur de la vitre était fixe. Nous avions également remplacé les petits clignotants par des projecteurs antibrouillard encastrés dans la face avant, sous les phares. Les feux arrière étaient, aussi, différents, et c'étaient des éléments également encastrés, provenant de chez Happich, une société spécialisée dans la fabrication de bus et d'autocars". A ceci, il convient d'ajouter que les compteurs de vitesse et les compte-tours provenaient d'une entreprise bruxelloise, Rautli. Les sièges, également, étaient façonnés par MMrs. Smal, et la garniture en "Dunlopillo" leur offrait un confort supérieur. Bref, de nombreux détails permettaient, et permettent encore aujourd'hui, de distinguer la A 106 "Herstal" de sa sœur née en France. De plus, il semble bien que les voitures aient bénéficié d'un montage et d'une finition (un peu) plus soignés: " Comme notre production était faible, et que nous étions perfectionnistes, nos voitures étaient très bien finies. Et nous montions, systématiquement, la suspension arrière à double amortisseurs, conçue par Rédélé, qui apportait à l'auto un gros avantage en matière de tenue de route ! Entre 1957 et 1960, nous avons livré une soixantaine de voitures, dont une demi-douzaine de cabriolet A 108, ces derniers sur des ensembles mécaniques fournit par le client. Nous avions ramené les moules de carrosserie de la A 108 depuis Brie-Comte-Robert, perchés sur le toit d'une Mercedes !".


Moins chères que les "françaises" !

La commercialisation des Alpine "Herstal" s'est effectuée soit directement ("Nous étions présents aux Salons de Bruxelles, et le bouche-à-oreille fonctionnait très bien" ), soit par l'intermédiaire de quelques concessionnaires Renault. Mais, là encore, il n'y avait aucun accord officiel avec Renault Belgique …

Les voitures étaient, paradoxalement, moins chères que les A 106 et A 108 "françaises", car leur fabrication était, pour une bonne part, assurée par la famille Smal elle-même, d'où un prix de revient moins élevé. Au demeurant, il ne semble pas à Mr Smal fils que l'affaire les ait considérablement enrichit ! Quant aux numéros de châssis, ils étaient attribués par l'artisan, et la série débutait avec le N° 1010, "histoire de faire figure de grand constructeur", sourit Mr. Smal.

A livrer impérativement au soir de Noël …



rbrbVoir l'image en grand0 vote


La clientèle de la petite entreprise de Herstal ne présentait pas de profil particulier. Il est vrai que l'on était loin, alors, des théoriciens du "marketing" et des "CSP Plus 40/60 (ans !)" … "Notre premier acheteur était un directeur d'usine qui a offert la voiture à son fils, en récompense d'un succès à un examen. Un autre véhicule fut vendu à un industriel fortuné, qui devait en faire présent à sa petite amie, à l'occasion des fêtes de Noël. Il avait toutefois posé deux conditions à la réalisation de la vente ! D'abord, il fallait que l'intérieur soit entièrement blanc, ensuite, nous devions livrer l'auto le 24 décembre au soir ! Il y eut aussi un professeur hollandais, acquéreur d'un cabriolet "hard top" A 108, véhicule qui devint donc l'unique de nos Alpine exportée. Ou encore un gros brasseur de Bruxelles, qui destinait le coach à sa fille. Un modèle, exposé au Salon de Bruxelles en 1960, avait été assemblé pour un journaliste de "La Meuse", inconditionnel de nos produits. A tel point qu'il venait s'asseoir, pendant des heures, dans un coin de l'atelier, pour assister au montage de "SA" A 106 …".

Parmi les anecdotes dont notre interlocuteur se souvient avec acuité, il y a l'expérience, a priori malheureuse, de la fameuse "boîte Claude" à cinq rapports: "la seule que nous ayons jamais commercialisé, et qui marchait ma foi très bien, sauf lorsque nous l'avons "inauguré" ! Bloquée en première, elle nous obligea à effectuer le trajet Laon-Liège (NDR. Soit la bagatelle de 300 kilomètres) à 15/20 km/h. Heureusement, c'était de nuit et, à l'époque, il y avait peu de circulation".

Liège-Rome-Liège, c'est sûr !



rbrbVoir l'image en grand0 vote


Difficile d'évoquer le mot Alpine, sans songer aussitôt à la compétition. Or, Mr. Smal est, sur le sujet, catégorique ! "Autant la course était dans les gènes des Alpine "françaises", autant elle nous a fort peu intéressé. Il y eut, si je me souviens bien, un rallyman du nom de Laloue, qui voulait être notre pilote d'usine. En réalité, il a surtout volé de ses propres ailes …". Des recherches approfondies ne nous ont pas permis de recueillir beaucoup d'informations sur la présence de ce Mr. Laloue au départ d'épreuves sportives, en Belgique ou dans le nord-est de la France. Par contre, elles nous ont offert l'occasion de retrouver une trace de la participation effective de deux, voire trois A 106 "Herstal" au départ du "Liège-Rome-Liège" 1958. Il est plus que probable que les utilisateurs de ces coachs se soient alignés dans d'autres compétitions.


Une fin naturelle et sans regret

rbrbVoir l'image en grand0 vote


rbrbVoir l'image en grand0 vote




En 1960, Alpine amorce un tournant décisif dans son existence, Jean Rédélé et ses collaborateurs donnant à la marque une dimension de plus en plus importante. Cette évolution, qui annonce une mutation entre le stade artisanal et une structure semi-industrielle, s'accompagne d'un bouleversement technologique qui va, très vite, amené Alpine à proposer des produits de moins en moins proches de la grande série. C'est une voie dans laquelle la famille Smal n'a ni l'envie, ni les moyens, de s'engager.
"Cette envergure nouvelle, et la mise en chantier de solutions technologiques de plus en plus sophistiquées -comme le châssis à poutre centrale- ne nous convenaient plus, et nous étaient quasiment interdite de par leur complexité et leur coût. La cessation de nos activités comme fabricant d'Alpine s'est donc faite tout naturellement ! Nous avons assemblé encore plusieurs autos, moulé les dernières carrosserie de A 108, et puis voilà ! ". Rappelons qu'il n'y avait aucune obligation, de part et d'autre, et la fin de l'aventure arriva sans heurts ni divorce …

"Pendant quelque temps, nous avons continué à exploiter notre science du polyester, en construisant de petites barques, et des canoë-kayaks. Puis Apal, qui construisit surtout des éléments de salle de bain et des sanitaires, mais aussi beaucoup de voitures de sport et de course, ainsi que des buggies, est arrivé … Les quelques spécialistes du plastique que nous avions formé sont partis chez lui".

Il y eut, toutefois, une suite à l'histoire. Dans les années 70, Mr.Smal a habillé, avec une coque d'Alpine A 106 rallongée et élargie, une plate-forme de Renault 10. Mais ce "baroud d'honneur", nous avons le plaisir de l'évoquer ailleurs.


1) La terminologie "A 106", etc …, est souvent attribuée au choix d'utiliser, pour désigner les premiers modèles Alpine, les trois premiers chiffres du type de la voiture Renault utilisée comme base de départ, ou comme banque de données. La dénomination "R 1060" de la 4 Cv justifie bien le nom de "A 106". Mais la désignation de A 108 fait douter de cette hypothèse (la Dauphine étant le type "R 1090), et, a fortiori, quid de la A 110, qui devrait s'appeler A 113, les R8 appartenant à la famille du type "R 1130" ?


"Les demoiselles de Herstal" …


Situé à quelques kilomètres de Liège, Herstal abrite toujours l'ex-plus importante fabrique d'armes du Benelux. La F.N. Herstal ("Fabrique Nationale d'Armes de Guerre" ) a été fondée en 1899, amorçant son lent déclin au milieu des années 50, avant que celui-ci s'accélère dans les années 80. Aujourd'hui, la F.N. n'emploie plus que quelques centaines de personnes …


rbrbVoir l'image en grand0 vote

rbrbVoir l'image en grand0 vote


rbrbVoir l'image en grand0 vote

F.N. fabriqua des automobiles, entre 1900 et 1935, mais dans le domaine des engins motorisés, la firme est surtout connue pour l'excellence de ses motos, construites à partir de 1901, et dont la production cesse en 1961. F.N., qui a produit la toute première motocyclette équipée d'un moteur à 4 cylindres, fait partie des marques mythiques que l'on a joliment baptisé, chez les connaisseurs de "deux roues", les "Demoiselles de Herstal". En effet, la petite cité wallonne a également compté, au nombre de ses industries mécaniques, les firmes Sarolea et Gillet.


Moretti, le concurrent d'Abarth !



rbrbVoir l'image en grand0 vote


rbrbVoir l'image en grand0 vote
Giovanni Moretti a créé sa marque d'automobiles, la "Moretti Fabrica Automobili & Stabilimenti Carrozzeria SAS", en 1948, à Turin. Concurrent direct de Carlo Abarth, mais aussi d'autres petites officines spécialisées comme Siata, Ermini, OSCA ou Stanguellini, Moretti a, comme eux, essentiellement utilisé des mécaniques Fiat, plus ou moins affûtées.
Il travailla d'abord à la fabrication de coupés et de cabriolets habillés par ses soins, autour des moteurs Fiat 500, 600 et 1100. Il se spécialisa plus tard dans la transformation de modèles dérivés de la grande série, sur des bases de Fiat 124, 125 ou 128. Bien qu'il n'ait pas totalement négligé la compétition, Moretti a surtout produit des voitures destinées au grand tourisme "rapide" …



Les derniers commentaires
Galys71
10 mai 2019 à 19h13
 
C’est toujours un plaisir que de te lire !
A propos
Nenelechampenois

Bienvenue sur le blog de

Nenelechampenois

Voir son profil

Mes coups de cœur, mes coups de sang ....

Catégories
Les commentaires récents

Copyright © Car & Boat Media - Tous droits réservés

Caradisiac, 1er site d’actualité automobile : info auto en continu pour découvrir les dernières nouveautés dans le domaine de l’automobile avec tous les essais de voiture et d’accessoires (GPS, radars, tuning). Evaluez au mieux la valeur de votre véhicule avec la cote auto gratuite et consultez également nos guides d’achat neuf et occasion afin d’effectuer votre achat en toute tranquillité.