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Histoires de BUGATTI (I)

Le roadster S « 57 385 »


Du Salon de Paris au parking de la Gare de Lyon !


André Derain, qui s'y connaissait en courbes et en volumes, a adoré cette Bugatti. Il est mort peut après l'avoir cédé à celui qui en commanditera une « moderne » et assez banale relecture, censément volée sur ... le parking de la Gare de Lyon, et que l'on n'a jamais revue !


René B.

Photos: collection de l'auteur



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Si le « London Motor Show » de 1936 avait eu la primeur du coupé Aérolithe, le Salon de Paris tenu en octobre de la même année, sous les voûtes aériennes du Grands Palais, permet de découvrir un étonnant roadster. Utilisant le châssis 57 385, moteur N°8 S, l'engin dessiné par Jean Bugatti et Joseph Walter fait sensation, avec ses lignes épurées de la partie arrière, traitée d'un seul tenant (comme sur les Atalante et les Atlantic), qui contraste avec des ailes avant complètement découplées de la carrosserie. Entièrement carénées,ces ailes sont articulées dans la partie recouvrant les roues, pour accompagner celles-ci lorsqu'elles tournent !

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La voiture est, ainsi gréée, follement spectaculaire, et le procédé relève davantage de ce que l'on appellerait aujourd'hui un « show car » (voire un « concept car »), car il est probable que sa transposition à une utilisation quotidienne poserait davantage de problème que de traditionnels éléments fixes …. C'est d'ailleurs munie d'ailes conventionnelles, "faisabilité oblige, que ce roadster est présenté à Londres, au début de l'année 1937 , les phares étant installés sur les vastes bavolets reliant le capot aux passages de roues. Au demeurant, la 57 S n'y perd pas grand chose, en terme d'esthétique, et la silhouette reste des plus sculpturales.

Pour 95 000 francs (or !)

Le roadster est livré en mars 1937 à l'agent Bugatti de Genève, Jean Séchaud. Il y a un « blanc » à ce moment de l'histoire, puisque le premier client -résidant en Suisse ou en Haute-Savoie- nous est inconnu, et que le second, Gérard Constantin, achète la voiture d'occasion comme en atteste un lettre que lui adresse Bugatti le 15 novembre 1937. La missive précise : »je vous informe que le cabriolet 57 S dont vous avez lu l'annonce appartient à l'un de nos client qui quitte la France, et désire 95 000 francs de cette voiture ».

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La somme ne rebute pas Gérard Constantin. L'homme, qui habite en Haute-Savoie, est l'héritier d'une famille d'armateurs marseillais et, à à peine plus de vingt ans, il aurait déjà possédé un coupé Type 55, ainsi que plusieurs Types 57 dont un cabriolet « Grand Raid », peut-être le châssis 57243 ! Constantin serait donc le second propriétaire du roadster 57 S …. sauf que là, ça coince sérieusement. Pour cause : notre acheteur est censé avoir « touché » sa voiture le 14 avril 1937. En outre, il réside dans le département correspondant à la première immatriculation du véhicule (484 QR2), et il est avéré que Gérard Constantin a effectué son voyage de noce avec la 57 S, trajet émaillé par de nombreuses haltes dans des garages, ce qui incite le propriétaire à se séparer de sa Bugatti dès le mois de novembre 1937. Difficile de croire que M.Constantin ait acquis sa voiture d'occasion en novembre pour la revendre presqu'aussitôt, non ? Et s'il en est le premier acquéreur, que signifie la lettre échangée avec Bugatti, expédiée le 13 novembre 1937 ? Notre intime conviction ? M.Constantin fut bien le premier propriétaire de la 57 S, et cette lettre relève peut-être d'une manœuvre destinée à établir un prix de vente, ou à contourner le problème des frais de douanes.

Propriété d'André Derain ....

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André DERAIN et l'une de ses Bugatti, Type 37


Toujours est-il que, fin 1937, le beau roadster émigre vers Paris, et plus précisément dans la banlieue chic de Neuilly où elle est réceptionnée par l'agent Bugatti de cette ville, Gaston Docime. Au mois d'août 1938, Docime vend le roadster à un autre « bugattiste » avéré, le peintre André Derain. Très attaché à cette voiture, Derain la cachera durant toute la période de l'occupation, et l'utilisera jusqu'au 28 janvier 1952, lorsque l'artiste (qui décédera en 1954) la vend à M. Henri Faure, ingénieur-mécanicien à Lyon.

Une démarche (alors) logique

Ce M.Faure va totalement changer le destin de cette voiture, dont il faut savoir qu'en 1952, son statut de légende sur roues n'est encore qu'une lointaine virtualité … Pour l'amateur français de belles automobiles, à l'époque, Bugatti n'est pas, n'est plus, une incontournable priorité. Pas plus, d'ailleurs, que ces voitures d'un autre âge que sont, face aux efficaces anglaises, aux sensuelles italiennes et même aux puissantes américaines, les Delahaye, Delage ou Talbot. Bref, si la démarche de notre ingénieur lyonnais nous paraît relever, aujourd'hui, de la plus scandaleuse hérésie, elle est alors tout à fait légitime aux yeux de la plupart des gens.

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Faure s'adresse à un jeune carrossier de Vienne, Roger Tunesi, auquel il confie la mission d'habiller le châssis 57 385 avec une carrosserie roadster au goût du jour, dans l'esprit des réalisations transalpines du moment, notamment les barchetta Ferrari signées Vignale ou Pininfarina. « Le châssis nu nous a été confié, avec un radiateur spécial permettant d'abaisser l'avant », précise dans son témoignage le carrossier isérois, « réalisée selon les indications du client, la coque est en acier. L'ensemble fini a reçu une peinture bordeaux foncé, et la voiture fut livrée à l'été 1952 », conclut-il.

Chez l'inventeur du cacao !

M.Faure ne conserve pas longtemps la voiture, qui est mise en vente par le « Haras des Purs Sang » de Francis Mortarini, au profit d'un autre amateur de Bugatti, Alain Ballayguier, qui a déjà possédé un Type 43, alors qu'il n'a pas encore 23 ans ! Alain Ballayguier est, lui aussi, un héritier … Son grand-père a hissé la marque Poulain au second rang des fabricants français de chocolat, en inventant le chocolat en poudre que l'on dissout dans du lait (ou de l'eau) pour obtenir une boisson qui rencontre rapidement le succès. En outre, la firme a absorbé la célèbre marque de chocolat suisse Suchard, créant un empire « cacaotesque » des plus prospères. C'est grand-père qui avait offert à Alain son Type 43, à l'occasion de ses … 18 ans ! Et c'est lui qui va honorer les factures des réparations nécessitées par le roadster « Tunesi », notamment lorsque le 8 cylindres perd trois bielles …

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En juin 1955, la voiture participe au Concours d'élégance d'Enghien. D'abord immatriculée « 7378 Z 69 », l'auto est enregistrée en « 75 », à Paris, en 1956.

L'étrange disparition de la Gare de Lyon

Le mois d'août 1958 est marqué par un événement qui va, une dernière fois, changer le cours de la destinée du châssis 57 S d'usine, revu à la sauce Tunesi ! Alain Ballayguier se rend à la Gare de Lyon pour y prendre un train (ce qui est tout à fait normal, non ?), et laisse la voiture sur un parking, où un ami mécanicien est chargé de venir l'a récupérer. A partir de là, la Bugatti disparaît totalement des écrans radar ! Les hypothèses sont nombreuses : on dit que personne n'est jamais venu chercher la voiture et que, abandonnée pendant deux ou trois semaines sur son parking, elle a finalement été volée. D'autres prétendent que la 57 S a été mise en fourrière, avant de « disparaître » du dépôt où elle avait été transférée. Une troisième piste révèle que M.Ballaydier, profitant de son voyage en Suisse, aurait prêté la voiture à un journaliste de « Paris-Match », qui l'aurait laissé à l'abandon, peut-être à la suite d'un accident. Mais où ? Cette dernière hypothèse est un tantinet tirée par les cheveux ....

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Toujours est-il que l'on ne retrouvera jamais le roadster, supposé dérobé et parti pour l'étranger (les USA ?) en pièces détachées … P.Y.Laugier, infatigable limier, dit avoir identifié des éléments du moteur et de la boîte de vitesses, sur un groupe 3,3 litres figurant dans les réserves du Musée de Mulhouse. D'où l'on peut en déduire que ces pièces auraient été acquises par Fritz Schlumpf, en France ou quelque part aux Etats-Unis, peut-être dans le lot d'éléments mécaniques accompagnant les trente voitures vendues par J.W. Sheakespeare ?

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Une copie du roadster 57 S initial, avec ses ailes articulées, a été réalisée chez le spécialiste bruxellois Jean De Dobbeleer, en 1972. Cette reconstruction est aux USA. Une autre reconstruction du modèle, présentée avec les ailes avant fixes incorporant les optiques, a été exécutée dans le sud de la France, par l'atelier de Laurent Rondoni et Erik Koux. Dans les deux cas, il ne s'agit pas de « faux » à proprement parler, mais bien de reconstitutions, présentées comme telles, et utilisant des éléments de Bugatti Type 57 …..

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Les derniers commentaires
2LCV1
15 mai 2020 à 18h19
 
Les éléments mécaniques, moteur boîte et d'autres pièces provenant de cette voiture ont été vendues il y a quelques années et j'avais entendu dire que ceux-ci étaient intégrés dans une version ailes fixes dans la région Lyonnaise….
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