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Histoires à la gomme (10)

Hellé Nice

Du "music-hall" aux Grands Prix, l'incroyable

destin d'une "fille du siècle" …



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Si nous étions l'auteur d'un synopsis racontant l'histoire d'une jeune fille de modeste extraction, devenue reine adulée du "music-hall" et des nuits parisiennes les plus huppées, puis pilote de course à un haut niveau, véritable diva des circuits, pour connaître ensuite les affres de la plus noire misère, avant de mourir abandonnée de tous, parions que le cinéaste interpellé nous jetterait le scénario de ce "mélo" hautement improbable à la figure !

René B.

Photos: DR et collection de l'auteur


Eh bien, il aurait tort, puisque ce court résumé de la vie de Mariette Hélène Delangle est tout à fait conforme à la vérité des faits. Nous sommes même en retrait par rapport à la réalité, tant l'invraisemblable carrière de cette "femme du siècle", dont la trajectoire illustre bien ce que certaines féministes avant l'heure surent imposer à leurs sceptiques (et hostiles) contemporains, fut encore plus étonnante, au vrai premier du terme (1), que le laisse entrevoir ce préambule.
Avant d'entrer dans le cœur du sujet, il convient, concernant les femmes et la course automobile dans les années 1920/1930, de rappeler que Hellé Nice ne fut ni la première, ni la seule, ni même la plus douée, à s'illustrer au volant d'un bolide. Sans qu'il soit question d'entrer dans les détails historiques (qui font remonter l'origine de la compétition "au féminin" à Mme Camille du Gast, vue au départ du tristement célèbre "Paris/Madrid", en 1903), ou dans une étude exhaustive qui nous conduirait à évoquer Violette Morris, Odette Siko, Lucy O'Reilly-Schell (la mère de Harry Schell), Anne-Rose Itier, Kay Petre, etc …, citons la plus capée de ces dames. Fille d'un forgeron moldave, Eliska Junkova, plus connue sous le nom francisé d'Elisabeth Junek, partage avec son époux, le banquier Vincenk Junek, le goût de l'automobile et de la vitesse. Débutant en 1922 sur une Bugatti Type 30, elle restera fidèle à la firme de Molsheim jusqu'à sa retraite sportive, décidée dès 1928 à la suite de l'accident mortel de son mari, sur le circuit du Nürbürgring (2). Et à l'heure où débute l'odyssée d'Hélène Delangle derrière un volant, la danseuse américaine Isadora Duncan meurt sur la Promenade des Anglais, étranglée par le foulard qui s'est pris dans les rayons de roue d'une voiture de grand sport, à peu de distance du lieu où Hellé Nice décédera, bien des années plus tard (3) …


Le temps des "Concours d'Elégance"


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Hellé Nice et une Bugatti Type 43 pour une photo publicitaire


On voit donc que l'automobile occupe, déjà, le quotidien de beaucoup de femmes. Certes, il s'agit de ce qu'il est convenu, alors, d'appeler des "femmes du monde", formule heureusement tombée en désuétude ! Marquises ou comtesses, épouses d'un industriel à la mode, actrices en vogue ou "cocottes" (dans ce cas richement entretenues par un … "homme du monde" !), ces dames s'exhibent volontiers au volant de la dernière Delage, peuplent les "paddocks", tant à Vincennes qu'à Montlhéry, et affichent un sourire convenu dans ces défilés de mode dénommés "Concours d'élégance", qui célèbrent la beauté des lignes et des courbes en tout genre ! En cette période un peu folle, un peu trouble, et terriblement incertaine qui tente de prolonger la "Belle Epoque", à laquelle la Première Guerre Mondiale a mis un terme tragique, les clivages socio-culturels bougent. Y compris dans cet univers clos de la "Bonne Société", où elles sont quelques-unes à braver l'interdit, s'en allant, avec plus ou moins de réussite, défier les mâles sur l'un de leur terrain de jeux privilégié. Parmi celles qui osent, Hellé Nice ne deviendra pas forcément la "meilleure", mais sans conteste la plus emblématique …


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Une passion précoce !

C'est à Aunay-sous-Auneau, une bourgade d'Eure-et-Loire nichée à une petite centaine de kilomètres au sud-ouest de Paris, que Léon Delangle et son épouse Alexandrine accueillent, dans leur foyer, la naissance de leur fille Hélène, deux semaines avant la Noël de 1900. Léon Delangle n'est pas un bourgeois, pas davantage un prolétaire. Son statut de Receveur des Postes lui offre une situation intermédiaire, qui lui permet de faire vivre décemment sa famille. En 1903, Aunay est traversé par la course "Paris-Madrid" (4), et certains exégètes font audacieusement remonter la passion pour les automobiles de la petite Hélène, qui a alors deux ans et demi, à cet événement ! Même votre serviteur, pourtant "tombé dedans" quand il était tout petit, est archi-battu …
La santé de M.Delangle est fragile. A 39 ans, il doit cesser son activité professionnelle, et c'est sa femme qui, tant bien que mal, fait fonctionner le bureau de poste, jouant le rôle du facteur qui, à l'époque, nécessite les qualités d'un cycliste de haut niveau, sans l'aide de l'E.P.O.ou de l'électricité ! Le père d'Hélène décède en 1904, laissant à Alexandrine la lourde tâche d'élever, seule, leurs quatre enfants. Dont l'aîné, Lucien, ne reviendra pas de la "Grande Guerre" … Au début des années vingt, Mme Delangle trouve un nouveau compagnon et quitte la région de Chartres, pour s'installer à Saint Mesme, en Seine-et-Marne. Hélène n'est pas du voyage: à 20ans, cette grande et belle fille a gagné Paris, afin d'y tenter sa chance dans l'univers artistique. Elle débute par des rôles de modèle pour des peintres et des sculpteurs, avant de trouver ses premiers emplois de danseuse dans différents cabarets. Elle est aussi vendeuse dans un magasin de mode, et c'est dans cette boutique huppée que la jeune femme, qui a pris le nom de scène de Hellé Nice, fait une rencontre déterminante, en liant connaissance avec Henri (?) de Courcelles (5). Aviateur qui s'est illustré entre 1916 et 1918, cet aristocrate est un passionné de course automobile, inséparable d'un autre pilote de bon niveau (et excellent mécanicien), Marcel Mongin. Devenus très proches, Hellé et Henri se rendent sur tous les grands circuits européens, de Courcelles -que ses proches ont surnommé "Couc"- obtenant d'excellents résultats. C'est dans les "24 Heures du Mans", nées en 1923, que "Couc" va se forger un palmarès des plus solides: sur une Lorraine-Dietrich, l'équipe Rossignol-de Courcelles est 3ème en 1924, s'impose en 1925, et avec l'ami Mongin, "Couc" (toujours sur Lorraine) accroche la seconde place en 1926. Très attirés par les sports de neige, Hellé et Henri s'avèrent adeptes du "bobsleigh" et skieurs émérites, la jeune femme se montrant, alors, extrêmement intrépide, affichant une farouche volonté de gagner …


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Une petite beauté avant la cérémonie du podium ...

Un stupide accident de ski …

Mais c'est à la danse que Mlle Nice se consacre prioritairement. Son association avec une star du cinéma muet, l'athlétique Robert Lisset, fonctionne si bien que le couple est, bientôt, reconnu comme le duo le plus gracieux de la scène parisienne. Du Ritz au Casino de Paris, en passant par l'Olympia, leur numéro qui s'appuie, sans vulgarité aucune, sur des musiques de Chopin, Brahms ou Massenet, fait recette. Ils donnent une belle interprétation d'une œuvre de ballet toute nouvelle, "Daphnis et Chloë", que vient d'écrire Maurice Ravel. Début 1927, Hellé Nice est engagée par Léon Voltera, dans la revue "Paris-New York", mais au mois de juillet, Henri de Courcelles trouve la mort à Montlhéry, au volant d'une Guyot Spécial. Anéantie, la jeune femme restera prostrée pendant plusieurs mois, pour revenir sur scène en fin d'année, dans une revue à laquelle participe Maurice Chevalier.

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La danseuse pratique toujours assidûment le ski. Cette passion va lui coûter cher, au moment même où sa renommée la place au niveau de Mistinguette, ou de Joséphine Baker … En janvier 1929, à Megève, Hellé fait une chute grave, et se brise le cartilage d'un genou. Il devient vite évident que sa carrière chorégraphique est terminée, et la jeune femme décide de tenter sa chance dans le milieu de l'automobile, où elle a noué quelques solides amitiés (et davantage, si affinités !). Hélène Delangle, pour attirée qu'elle soit par la vitesse et la pratique de la conduite rapide, n'envisage peut-être pas une "vraie" carrière de pilote de course. Elle sait que le charme et la sensualité sont des atouts majeurs dans un milieu peu enclin au féminisme bien compris, mais fort sensible à ces arguments. Si telle est sa démarche, elle a raison: de nombreux équipementiers de l'automobile (Esso, Yacco), mais aussi des marques de cigarettes, de parfums, lui apportent leur soutien, utilisant son image pour de fructueuses campagnes publicitaires. Ainsi, Hellé Nice est invitée aux Etats Unis où elle pilote, en démonstration, une monoplace Miller, au cours d'une tournée triomphale orchestrée par Ralf Hentkinson, responsable d'une agence de communication qui travaille pour Esso.

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Bugatti est méfiant

Pour autant, Hellé Nice affirme d'excellentes dispositions dans les compétitions officielles. En mai 1929, à Montlhéry, elle affronte l'élite des concurrentes dans le "Grand Prix Féminin", sur une Omega Six préparée par Marcel Mongin. Et elle l'emporte ! Pour aller recevoir sa coupe, Hellé prend grand soin de revoir sa tenue vestimentaire et son maquillage … On aurait tort, toutefois, de réduire la carrière de l'ex-danseuse à ce genre d'anecdotes. En 1930, son but est d'approcher Ettore Bugatti, afin d'obtenir le volant d'un Type 35 qui, alors, constitue le "graal" de tous les pilotes ambitieux. Ayant lié connaissance avec Jean Bugatti (la rumeur lui prêtera une aventure avec le jeune homme. Une de plus, son "carnet de bal" portant les noms de Bruno d'Harcourt, Philippe de Rotschild, etc …). Hellé est présentée au "Patron" qui, s'il se méfie de la femme, décide de tester le pilote. Mais, toujours pragmatique, Bugatti refuse de mettre gratuitement une "35 C" à sa disposition, et lui facture le bolide ! Sur le fond, un léger camouflet envers la jeune femme, sur la forme, un détail pour celle qui roule, alors, en Hispano Suiza, possède son yacht, et fréquente les établissements hôteliers les plus huppés.


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Jean Bugatti (sur une béquille !) salue la championne que l'on vient de lui présenter
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Sur une Alfa Romeo "Monza"

Si les résultats sont irréguliers lors des saisons 1931/1932, le talent et le courage dont fait preuve Hellé Nice, sur sa Bugatti bleue claire, force l'admiration (et le respect !) de ses adversaires masculins. Contrairement à beaucoup d'utilisateurs de Bugatti Type 35 ou Type 37, qui écument les courses de côte ou d'autres épreuves censément plus "faciles", elle s'aligne dans les Grands Prix internationaux, et lutte avec la fine fleur du sport automobile européen. C'est sans doute la raison pour laquelle son palmarès ne fait pas état de grands succès. Cet épisode Bugatti lui vaudra, en Grande Bretagne, le surnom de "The Bugatti Queen", repris par l'historienne Miranda Seymour, dans son évocation claire et précise de la vie de Mariette Hélène Delangle (6).
A la fin de la saison 1933, à Monza, Hellé Nice s'essaye au volant d'une Alfa Romeo 8C-2,3 litres. Cette expérience est jugée concluante, au point que notre héroïne vend la Bugatti pour acheter une 8 C, évidemment peinte en "bleu clair". Avec cette machine, au demeurant plus "pointue" à conduire que la "35 C", véritable modèle d'agilité et d'efficacité, Hellé Nice dispute plus de vingt courses en 1934 et 1935, toujours avec des résultats notables, sinon de premier plan. Au tout début de l'année 1936, la jeune femme et le compagnon qu'elle a élu peu de temps auparavant, un beau brun ténébreux qui se nomme Arnaldo Binelli, se rendent à une invitation qui ne se refuse pas: celle de participer à plusieurs Grands Prix, au Brésil.



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Miracle à Sao Paulo …

La première course, organisée à Rio de Janeiro, se déroule sans problème. Elle se classe 8ème, face à une opposition essentiellement locale, mais pour autant peu facile à vaincre ! Par contre, lorsqu'elle s'aligne au départ du G.P. de Sao Paulo, le 13 juillet 1936, Hellé Nice figure en seconde ligne. Et dès le baisser du drapeau, elle attaque un certain Manuel de Teffe, pour s'emparer du commandement à l'attaque du dernier tour. Sur ce circuit citadin, uniquement délimité par des balles de paille derrière lesquelles la foule se presse, à quelques mètres des voitures, l'Alfa bleue fait, soudain, une embardée … Il semble qu'à la sortie d'un virage, Hellé Nice ait heurté une botte de paille déplacée par un autre concurrent, ou par des "afficionados" inconscients. Avec sa petite caméra, Arnaldo Binelli filme la scène ! La voiture entre dans la foule, et son pilote est violemment éjecté. Hellé Nice heurte de plein fouet un policier, qui joue le rôle involontaire d'amortisseur de choc. Le malheureux est tué sur le coup, de même que six spectateurs. On relève une trentaine de blessés, dont Hellé Nice, conduite à l'hôpital dans un état grave. Dans un premier temps, la française est accusée d'être responsable de la tragédie, mais divers témoignage, ainsi que le film tourné par Binelli, démontrent que l'accident a d'autres causes, qui mettent en exergue le manque de sécurité du circuit, et l'indiscipline du public.
Hélène Delangle se rétablit lentement, et reste trois mois à l'hôpital de Sao Paulo, devenant, au Brésil, une sorte d'héroïne ! A tel enseigne que son pseudonyme est utilisé pour baptiser des nouveaux-nés, et que pendant longtemps, des brésiliennes recevront le prénom de "Elénis" ou "Elénice" …



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Recordwoman du Monde !

De retour en France, hantée par le souvenir de ce drame, touchée par l'annonce du décès accidentel de son ami le pilote Marcel Lehoux, et sujette à des troubles de l'équilibre et de la concentration, elle se repose sur la Côte d'Azur. Hellé Nice ne revient sur un circuit qu'au mois de mai 1937. Elle est incorporée à une équipe féminine (à laquelle appartiennent aussi Simone de Forest, Odette Siko et Claire Descollas), chargée de battre une série de records de vitesse et d'endurance. Ce sont les lubrifiants "Yacco" qui ont organisé cette chasse au chronomètre, utilisant une Matford V8 dotée d'une carrosserie spéciale. Dix records du Monde et quinze records internationaux, catégorie "Classe C", tomberont à cette occasion, avec des moyennes comprises entre 140 et 144 km/h. Ce bel exploit sera le dernier de la carrière de pilote d'Hellé Nice, qui courra l'année suivante un rallye sur une DKW, en compagnie d'un jeune allemand nommé Huske Von Heinstein (7), mettant un terme à son activité sportive en 1950, en pilotant une modeste 4 CV.


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Le record du monde avec la Matford V8


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Une grosse somme tombée du ciel ?

Le couple Delangle/Binelli entre, à la veille de la Seconde Guerre Mondiale, dans une période a priori paisible, et s'éloigne des mondanités qui étaient leur lot quotidien. Revenus à Paris en 1940, ils vivent à Arcueil, dans un modeste pavillon de banlieue. C'est l'occupation, la disette et, comme beaucoup de français, Hélène et son compagnon se ravitaillent, tant bien que mal, à la campagne. Notamment à Saint Mesme, où la mère et la sœur aînée de la jeune femme (qui, dit-on, nourrit envers sa cadette un féroce sentiment de jalousie) les reçoivent avec un évident manque de chaleur !
Et puis, en 1943, une grosse somme d'argent, arrivant d'on ne sait où, donne un grand bol d'oxygène au couple. Hellé Nice peut même s'offrir une superbe villa sur les hauteurs de Nice, pour s'y installer, croit-elle, définitivement. Bien entendu, ce pactole va alimenter, outre le compte en banque de l'ex-championne du volant, une rumeur qui ne fera que s'amplifier: cet argent, comme tombé du ciel, est-il lié à un événement dont la bénéficiaire n'a pas intérêt à se vanter ? Dans le contexte de l'époque, les soupçons se portent volontiers vers le "marché noir", voire en direction de faits de collaboration (8).
Arrive l'armistice, puis la renaissance des compétitions automobiles. En 1949, deux grandes "classiques" reprennent leur cours interrompu, les "24 Heures du Mans" et le "Rallye de Monte Carlo". C'est à l'occasion de cette résurgence du "Monte" que le destin déjà fragilisé de Mlle Hellé Nice va basculer, et que l'on va passer du conte de fée au mauvais feuilleton …


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"Votre place n'est pas ici !"

Quelques jours avant du départ du rallye, Hellé Nice participe au dîner de gala organisé, à l'Hôtel de Paris, par l'Automobile Club de Monaco. A 45 ans, l'ancienne danseuse a eu beaucoup de difficultés pour trouver un volant, celui d'une 4 CV Renault, qu'elle partage avec une équipière particulièrement capée, Anne-Rose Itier. Dans les somptueux salons où sont dressés de non moins somptueux buffets, les deux femmes discutent avec leurs amies Germaine Rouault et Yvonne Simon, lorsque le champion monégasque Louis Chiron s'avance vers leur groupe, et interpelle Hellé Nice. " Vous, votre place n'est pas ici". Et Chiron de l'accuser, sans ambiguïté, d'avoir été un agent de la "gestapo" (9). Interloquée, Hélène Delangle bredouille quelques mots, et sans vraiment répliquer, s'en va précipitamment. Elle n'ose pas (ou ne désire pas ?) intenter à Chiron un procès pour "dénonciation calomnieuse" et, bien que le monégasque n'ait fourni aucune preuve, on admet volontiers qu'une personnalité de son envergure ne se soit pas fourvoyée dans une voie sans issue ! Bref, l'absence de véritable réaction de la part d'Hellé Nice donne du poids à cette grave accusation. Aujourd'hui, après l'enquête sérieuse et approfondie menée par sa biographe Miranda Seymour (6), on sait que rien n'accrédite cette thèse, mais dans cette période trouble de l'après-guerre, propice aux règlements de compte, cette suspicion fait le vide autour d'Hellé Nice.


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"La Roue Tourne" …

Non seulement cette femme doit subir un ostracisme auquel elle n'oppose aucun système de défense, mais elle doit faire face à l'attitude de plus en plus insupportable de son compagnon. Arnaldo la trompe ouvertement et, pour faire bonne mesure, dilapide à tous les vents l'argent qu'elle a eu la malencontreuse idée de lui confier. Bientôt, il faut vendre la villa niçoise, et son contenu. Ruinés, et même démunis du strict nécessaire, Hélène et son ami sont obligés de s'en remettre à l'association "La Roue Tourne" (!), créée pour venir en aide aux artistes nécessiteux. C'est Arnaldo qui se rend régulièrement aux permanences de l'association, jusqu'au jour où il y rencontre une nouvelle "âme sœur", avec laquelle il s'enfuit derechef …
Cet ultime coup du sort marque, pour Hélène Delangle, le début d'une véritable descente aux enfers. Le petit héritage de sa mère revient intégralement à sa sœur Solange, son frère Henri, avec lequel elle avait conservé d'excellentes relations, décède. Elle est seule, terriblement seule, avec les souvenirs d'une splendeur enfuie serrés dans un vieil album de photographies. Dans une rue du Vieux Nice, Hélène occupe un petit appartement vieillot et insalubre, que certains témoins ont même décrit comme un galetas infesté de cafards et de rats !
Hospitalisée, à 84 ans, pour des problèmes de circulation sanguine, Hellé Nice entre dans un coma dont elle ne sortira pas, s'éteignant le 1er octobre 1984.
Ses restes sont transférés au cimetière de Saint Mesme, mais ne reposent pas dans le caveau familial, selon le souhait dûment exprimé par sa sœur …
A la fin des années 2000, Hellé Nice est en quelque sorte réhabilitée. Grâce à une fondation créée par l'une de ses admiratrices américaines, Sheryl Greene, une plaque commémorative est déposée près de sa sépulture. Miranda Seymour publie une biographie (6) qui apporte sur la vie de ce personnage aux multiples facettes un éclairage rigoureux.


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Publicité filmée aux USA, pour "Esso", avec la Miller

1) "Etonner" est, en effet, rarement employé dans son véritable sens, celui du XVIIIème siècle, qui signifie "frapper par le tonnerre".
2) Après sa retraite sportive, la jeune tchèque devient une ambassadrice de charme de la Marque, notamment en Asie et au Moyen-Orient, où les voitures de luxe et de prestige trouvent (déjà !) un fructueux débouché. A lire (en allemand): "Bugatti, Mein Leben", Elisabeth Junek, éditions Wolfgang A.Seidler Verlag, Wien, 1990.
3) Originaire de San Francisco, la danseuse Isadora Duncan est l'une des artistes qui vont révolutionner l'art chorégraphique, au début du XXème siècle. Définitivement installée en France, dans la région de Nice, Isadora Duncan a pris place, en cette soirée du 14 septembre 1927, aux côtés d'un garagiste et pilote niçois, Benoît Falchetto, à bord de l'un de ces bolides de compétition à peine déguisés en voiture de sport qui, en ces heureux temps, peuvent librement circuler sur la Promenade des Anglais ! L'engin prend de la vitesse, et l'ample foulard posé sur épaules de la danseuse se met à voler au vent de la course … Soudain, c'est le drame: l'écharpe se prend dans les rayons de la roue arrière, se tend au maximum et joue le rôle d'un garrot, étranglant Isadora Duncan, qui meurt dans les instants qui suivent.
Le mystère de la marque et du type de la voiture qu'occupaient Falchetto et sa passagère, au moment de l'accident, est soigneusement entretenu ! Les zélateurs de Bugatti tiennent beaucoup à ce qu'il s'agisse d'une Type 35 ou 37, qui aurait été prêté à Falchetto (futur pilote de la marque) par le concessionnaire de Nice, Ernest Friderich. Les tenants de l'orthodoxie historique (dont, naturellement, les amateurs de la firme de Saint Denis) affirment qu'il s'agissait de l'Amilcar GS personnelle de Falchetto. Cette thèse est, a priori, la plus vraisemblable.

4) La course "Paris-Madrid" est l'évènement de ce printemps 1903. Sa route pique vers le sud-ouest, direction Bordeaux, où l'épreuve sera arrêtée au soir du 24 mai, après avoir causé la mort de dix personnes, spectateurs et concurrents, dont Marcel Renault. Certains historiens attribuent à cette course la passion naissante de l'automobile chez une enfant qui n'a pas trois ans. Ce sont les mêmes qui prétendent que la petite Hélène a vu, ainsi, passer Ettore Bugatti … Lequel n'a pas pris le départ de Versailles, les "commissaires techniques" ayant déclaré sa Bugatti/De Dietrich non conforme au règlement !
5) Sur les documents officiels de l'A.C.O. et, par conséquent, dans tous les ouvrages consacrés aux "24 Heures du Mans", Henri de Courcelles figure sous le nom de "Gérard de Courcelles". Or, s'il est vrai que "Gérard" est également le de Courcelles qui trouve la mort en 1927 à Montlhéry, les témoignages sur une liaison entre Hellé Nice et "Henri" de Courcelles sont concordants. S'agit-il de deux frères ? Dans cette hypothèse, pour quelles raisons la disparition du frère de son amant aurait-elle plonger Hélène Delangle dans des abîmes de chagrin ? Nous n'avons trouvé trace d'un Henri de Courcelles nul part, ailleurs que dans les écrits consacrés à Hellé Nice. Mais grâce à deux (mauvaises) photos qui montrent "Henri" en compagnie d'Hélène dans "The Bugatti Queen" (6), que l'on peut comparer à celle de "Gérard", figurant dans l'ouvrage de nos amis Moity et Teissedre consacré à l'histoire détaillée des "24 Heures du Mans" (et reprise dans le registre officiel des pilotes des "24 Heures" ), on peut affirmer que "Gérard" et "Henri" sont une seule et même personne. D'autant plus que Marcel Mongin, l'ami de "Henri", est également celui de "Gérard", avec lequel il termine second au Mans, en 1926. Si vous êtes perdu, reprenez lentement depuis le début !
6) "The Bugatti Queen, in search of a motor-racing legend", Miranda Seymour, éditions Simon & Schuster, 2004. En anglais, par une historienne reconnue, quia également commis une "bio" de Mary Shelley, l'auteur de "Frankenstein".
Est-il besoin de rappeler que Von Heinstein deviendra, à dater de la naissance des Porsche, un excellent pilote de cette marque, avant d'en être le directeur sportif ? C'est fait …
7) La seule explication possible (et, au demeurant, plausible) à cette manne tombée du ciel est la suivante: il s'agirait des dommages et intérêts versés à Hellé Nice par les organisateurs brésiliens, à la suite de l'accident de Sao Paulo.
8) Si nous mettons le détestable terme de "gestapo" entre guillemets, ce n'est pas pour faire le malin (quoique …), mais parce que le mot n'existe pas vraiment ! C'est un raccourci de "Geheime Stadt Polizei" ("Police Secrète d'Etat" ).
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