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Nenelechampenois » Big Blog Blag » Histoires à la gomme (volume 2)

Histoires à la gomme (volume 2)

300 SL-S by "Chuck" Porter



ou l''épopée d'un "survivant'


René B.
Photos: DR, collection de l'auteur

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Au cours de la seconde guerre mondiale, Charles Earl "Chuck" Porter se tira sans (trop) de bobo de plusieurs gros "crashs" aériens. Et il était à quelques kilomètres de Nagasaki, le 9 août 1945, lorsque la bombe A explosa … Normal que ce rescapé récidiviste ait, dès lors, considéré le reste de son existence comme un "bonus" à consommer sans modération !

Il y a, pour schématiser à l'extrême, deux catégories d'individus. Dans la première, on rangera le "commun des mortels" auquel, las ou heureusement, çà dépend des jours, nous appartenons. Dans la seconde, figureront tous ceux qui ont connu des existences multiples, ceux qui ont traversé la vie en diagonale, ceux qui ont affronté la mort pour mieux la tromper … En fait, on l'aura compris, tous les personnages que nous croiserons dans nos "histoires à la gomme", qui mettent un point d'honneur à se fourrer dans les situations les plus invraisemblables, et/ou à se complaire dans d'improbables aventures, quitte à y laisser des plumes !

Cette théorie, que l'on applique volontiers aux chats et à leur neuf vies terrestres, se vérifie chez notre héros du moment. "Chuck" Porter commence par traîner les bars clandestins de Kansas City, au moment où la "Grande Dépression" et la Prohibition jettent pêle-mêle, dans la "Tornado City" (1) du Missouri, les "hobos" (2) en quête d'un travail, les jazzmen à la recherche d'un cachet et les mauvais garçons, qui flairent là l'occasion de se faire une place au soleil de la criminalité débridée. C'est l'un des compagnons de jeunesse de notre héros du jour, un certain "Chuck" comme lui, qui deviendra l'ennemi public N°1 "Pretty Boy" Floyd ! Mais pendant que son copain Floyd met tout son cœur à se forger une réputation aussi sulfureuse que possible, "Chuck" Porter échappe à la grande délinquance en trouvant du travail dans un atelier spécialisé dans les Ford. C'est à ce moment que Porter se prend de passion pour tout ce qui touche à la mécanique, au travail du métal et à la fabrication des carrosseries. En 1936 ou 1937, Chuck quitte Kansas City, s'installe en Californie, devient chauffeur de poids-lourd sur les longues distances, et débute une carrière de pilote de course amateur sur ces petits bolides que l'on appelle des "3/4 Midgets".

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Derrière la 300 SL-S, un pick-up recarrossé par la "Chuck's Porter Body Shop"


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La ligne de la barquette 300 SL-S affecte celle de la 300 SLR, et la couleur gris/argent accentue la ressemblance, ne serait-ce une entrée d'air fort généreuse !

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Ce cliché a probablement été fait lorsque la SL-S était en cours de finition, avec sa robe en aluminium encore vierge de peinture

Epargné par la bombe atomique !

A l'heure de l'entrée en guerre des Etats Unis, Chuck Porter troque ses vêtements civils contre un uniforme de l' U.S. Air Force. On le retrouve, bientôt, en Angleterre, où il appartient à l'équipage d'une "super-forteresse" B17, qui effectue plusieurs missions de bombardement au dessus de l'Allemagne. Au cours du sixième de ces survols du territoire ennemi, le B17 (surnommé "Old Bill" ) est touché par la chasse nazie, ou par la défense au sol. Ou par les deux … L'avion blessé parvient à rallier la côte britannique, aux environs de Douvres, mais il est contraint à un atterrissage d'urgence qui va se terminer par un énorme crash. Seul l'opérateur radio et le sergent Porter sortent de l'accident sans trop de mal, tous les autres membres de l'équipage sont tués. Chuck est décoré de la "Distingued Flying Cross", ce qui l'amène à déclarer, témoignage d'un sens de l'humour aigu: "je ne sais pas pourquoi on m'a donné cette médaille, parce que, franchement, l'avion n'est plus en très bon état, maintenant !".


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"What is it ?" questionne la couverture de "Sports Cars Illustrated" de novembre 1956

Porter n'en a pas terminé avec ses aventures dans l'Air Force … Envoyé sur le front du Pacifique, le voici membre de l'équipage d'un B29, dont l'une des missions s'achève par un amerrissage imprévu. Les aviateurs sont, heureusement, récupérés par un sous-marin ami. Mais la malchance poursuit l'aviateur Porter ! Au cours d'un raid sur la ville de Nagasaki, le B29 est abattu par la D.C.A. nippone, et Porter, qui a sauté en parachute, tombe aux mains d'un groupe de civils japonais qui le remet aux autorités militaires. Encore un gros coup de chance, car ce genre de mésaventure a souvent du s 'achever par un lynchage en règle !. Pendant six mois, le sergent Porter connaît les affres d'une détention musclée, dans un camp de prisonniers de guerre peu enclin à chouchouter ses pensionnaires. Le 9 août 1945, lorsque ses compatriotes lancent la bombe A sur Nagasaki, Porter se trouve à moins de 9 kilomètres du point d'impact. Il est l'un des rare survivant du camp, dévasté par le souffle de l'explosion, et déclare après son rapatriement aux "States": "A partir de maintenant, chaque nouvelle journée de ma vie sera une journée offerte gratuitement"....



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Porter occupe la "pole" dans cette course, en compagnie de deux autres machines "made in USA"

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Petite transformation sur l'auto, avec l'adoption de deux sorties d'échappement extérieures. On peut penser que cette photo montre la voiture après l'adoption du second V8, né Chevrolet. Sous toute réserve ...
Du "tuning" haut de gamme …

De retour en Californie, toujours passionné de mécanique et de carrosserie, Chuck créé en1950 une société (la "Chuck Porter's Body Shop" ), spécialisée dans la transformation radicale des automobiles. En d'autre terme, le "tuning", à la mode des Etats Unis, qui ont inventé ce concept, à l'usage des véhicules de tourisme, et surtout des pick-up. Il lui arrive de passer mille heures pour obtenir la mutation bien comprise d'un Ford ou d'un Chevrolet, en donnant à un banal véhicule de série un aspect totalement personnalisé, à l'extérieur comme dans l'habitacle. L'extrême qualité de son "job", et sa maîtrise des alliages légers, en particuliers l'aluminium, sont vite célèbres bien au delà des limites de Sunset Boulevard et des hauteurs hollywoodiennes. Ses productions font alors la "une" de tous les magazines spécialisés du pays. Il fabrique également des petites monoplaces "Midget", qui lui permettent de garder la main en qualité de pilote, car notre héros fréquente les circuits: "un bonus à savourer pleinement", la vie, et foin des dangers de la compétition automobile !


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La 300 SL-S (moteur Chevrolet ?) en fâcheuse posture, en panne le long du circuit, tandis que passent une Scarab et une Ferrari 250 TR !

Lorsque la Mercedes 300 SL "Papillon" arrive, en nombre (relativement !) élevé dans la région d'Hollywood, où ce coupé de légende séduit nombre d'amateurs fortunés, la "Body Shop" de Porter devient l'un des points de ralliement de ces "Gullwing" californiennes (3). En effet, rares sont les hommes capables de comprendre et d'entretenir ces machines d'exception …
300 SL … S, comme "scrap" !

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Moteur V8, Buick puis Chevrolet, sur la Mercedes repeinte en jaune canari ....

Porter rêve incontestablement à une 300 SL bien ç lui, mais en dépit d'une activité commerciale florissante, ses moyens ne lui permettent pas d'envisager l'achat de cette voiture, même d'occasion. Jusqu'au jour où l'un de ses clients accidente si sévèrement sa Mercedes qu'elle en est réduite à l'état d'épave … Porter se rend acquéreur de l'engin dont il ne reste, d'utilisable, que des éléments du châssis tubulaire et quelques accessoires. Les freins (des tambours en aluminium) ont été endommagés par le feu, et le "6 en ligne" à injection indirecte d'essence a, lui aussi, beaucoup souffert. A force de travail, Porter va obtenir un châssis roulant à nouveau efficace, dont le moteur Mercedes reçoit un arbre à cames "course" venant, en droite ligne, de Stuttgart, et qui porte la puissance de 190 à 240 chevaux. Le "Body Shop" permet à Porter et à son ami Jack Sutton de réaliser une carrosserie en tôle d'aluminium, dont la silhouette caractéristique s'inspire des lignes sensuelles et évocatrices du roadster 300 SLR, qui a dominé le Championnat du Monde des voitures "Sport" en 1954 et 19955.


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En dehors du 6 cylindres en ligne d'origine, l'une des rares pièces récupérées sur l'épave de la 300 SL fut le volant à deux branches, typique du modèle !

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L'une des premières séances d'essai de la 300 SL-S, qui démontre un bon potentiel ...

Baptisée SL-S ( S pour "scrap", "morceau" ou « débris » en français !), la voiture débute sa carrière sportive par une 3ème place à Pomona, suivie d'une victoire à Santa Maria, et d'une seconde position à San Diego, aux trousses d'une Ferrari 500 Monza. La SL-S va également avoir les honneurs du cinéma, puisqu'on la voit en action dans plusieurs films, dont "On the beach" ("Le Dernier Rivage", avec Ava Gardner, Gregory Peck et Fred Astaire), qui mélangent des scènes de courses d'automobiles réelles et reconstituées (4).
V8 Buick, puis Chevrolet


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Le V8 Chevrolet 5,3 litres était, alors, un choix très judicieux ....

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Derrière la Ferrari 500 Monza de Fred Astaire (qui, bien sûr, remportera la dernière course d'automobiles organisée sur Terre ....), pointe Chuck Porter et sa 300 SL-S !

Afin d'améliorer encore la puissance de sa SL-S, Porter va monter un compresseur McCulloch, gagnant ainsi 60 chevaux. Mais il s'avère rapidement que cette transformation, outre qu'elle fragilise le 6 cylindres allemand, est insuffisante pour contrer les Ferrari, nombreuses dans les épreuves américaines, et même les nouvelles Chevrolet Corvette. En 1957, Chuck décide de remplacer le moteur d'origine par un "big block" américain, jetant son dévolu sur le V8-Buick de 5,3 litres, dont il confie la préparation à Max Balchowsky, un "sorcier" californien reconnu. Celui-ci monte, notamment, un système d'injection d'essence "Hillbronn", et adapte la boîte manuelle née Mercedes au groupe américain, qui est remonté dans le châssis originel dans une position plus basse. Faut que ça tienne sous le capot ! Voici donc l'auto devenue Mercedes-Buick, alias "Porter Special". Le manque de succès incite Porter à remplacer le moteur Buick par un bloc Chevrolet 5,3 litres, plus moderne. C'est sous cette forme, et en arborant une belle robe jaune à la place de la peinture grise initiale, que la voiture est alignée dans de nombreuses courses, entre 1958 et 1961, tant aux mains de Porter que pilotée par d'authentiques "stars", comme Johnny Parsons, Ken Miles et Bill Krause, qui l'impose à Riverside. Chuck Porter vend la "Special" à Bob Edminson, et elle termine sa carrière au milieu des années 60, avec Peter Culkin. Ce dernier la cède, sans son moteur, puis on perd la trace de l'engin jusqu'à la fin des années 90. Les filles de Porter (5), Debby et Cathy, la revoient, en 2002, lors d'une rencontre pour voitures historiques à Laguna Seca, invitées à ces émouvantes retrouvailles par les propriétaires allemands de cette authentique pièce de collection, qui a retrouvé sa couleur grise, et un moteur de 300 SL. Sous cette forme, la SL-S existe toujours, nous l'avons croisée à Dijon, à l'occasion d'un "Grand Prix de l'Age d'Or", en 2011 ou 2012, où elle figurait en exposition statique.


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La voiture, telle qu'elle est aujourd'hui, restaurée par ses propriétaires allemands. Elle a retrouvé le 6 cylindres Mercedes d'origine


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L'une des filles de "Chuck" Porter retrouve la 300 SL-S et son propriétaire allemand


1) Située dans la "Tornado Alley", sur le parcours de nombreuses tornades plus ou moins destructrices, la ville de Kansas City subit régulièrement les affres de ce phénomène météorologique. Ne pas confondre avec Chicago, surnommé la "Wind City", pour des raisons similaires, liées à la fréquence élevée de fortes rafales de vent …


2) Le phénomène des "Hobos" est consécutif à la "Grande Dépression", qui jeta sur les routes américaines des centaines de milliers de néo- vagabonds, hommes, femmes et enfants, à la recherche d'un travail de saisonnier ou d'un simple morceau de pain. Les "Hobos" se déplaçaient, le plus souvent, en empruntant (sans billet !) les trains de marchandise. Nous vous renvoyons, pour de plus amples informations, aux ouvrages de notre camarade John Steinbeck, en particulier "Les Raisins de la Colère", et à ces petits bijoux d'émotion et de tendresse que sont "Rue de la Sardine" et "Tortilla Flat".
La boutique californienne est, aussi, le rendez-vous de tous les acteurs passionnés par le sport automobile. On y croisera souvent James Dean et Steve McQueen. Mais on y verra aussi un certain Lance Reventlow, fils de Barbara Hutton, futur pilote de renom et constructeur des "Scarab", qui parviendront jusqu'à la Formule 1.


3) Dans "On the beach", histoire d'un groupe de survivants à une catastrophe nucléaire en sursis sur le sol australien, en attendant que le nuage fatal atteigne leurs côtes, un professeur passionné de sport automobile, incarné par Fred Astaire, participe à l'ultime course automobile organisée sur la Terre. Et, naturellement, l'a gagne … Dans le film, on voit souvent la "Porter Special". Un internaute a péremptoirement installé Fred Astaire au volant d'une Maserati. Manque de bol, la voiture utilisée par l'acteur dans "Le Dernier Rivage" est une authentique Ferrari Monza …


4) Chuck Porter ne pouvait pas connaître un destin ordinaire, et trépasser dans un lit à un âge fort avancé … Il a trouvé une mort à la mesure d'un vrai "survivant", au volant de son Midget Kurtis-Offenhauser, lors d'une course locale disputée en juillet 1982.


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L'une des dernières photos de Chuck Porter, au volet de son "Midget" ....
Les derniers commentaires
Farfadet 86
12 février 2017 à 16h12
 
Quel parcours !
Comment ne pas évoquer les raisins de la colère de John Steinbeck au départ de cette épopée puis exploits d'un combattant ressortant de l'enfer de "l'en-fer" ... Tremble carcasse , lui en a fait trembler bien d'autre en acier, en alliage . Chuck et chic ou Chuck de choc ? Les deux mon capitaine !... Roulez jeunesse !... La Mercedes jaune...  fallait oser !... L'éclat du soleil pour une star  mécanique... qu'importe le moteur quand la livrée est belle !...
Merci pour ce reportage  qui sort des lieux communs en matière d'histoire automobile.
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