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Nenelechampenois » Big Blog Blag » Ce jour là, 4 juillet 1914 .....

Ce jour là, 4 juillet 1914 .....

G.P. de l'A.C.F. à Lyon

Le "Grand Prix des Grands Prix", première


passe d'armes entre la France et l'Empire

Germanique …






Le printemps 1914, pour les amateurs de sports mécaniques français, a les couleurs du lointain état d'Indiana … Mais si les "500 Miles" constituent un événement, le grand moment est attendu au début de l'été, dans la banlieue de Lyon, à l'occasion du désormais traditionnel Grand Prix de l'A.C.F.

René B.

Photos: collection de l'auteur


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Le positionnement de la roue de secours dans la pointe arrière des Peugeot s'avérera un sérieux handicap !

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Sur fond des Monts du lyonnais, la Sunbeam de Lee Guiness

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Parade des Mercedes après la course. A noter que, pour la circonstance, les voitures ont retrouvé leurs ailes enlevées pour le Grand Prix ....

Cette épreuve, que l'on baptisera a posteriori "Le Grand Prix des Grands Prix" (ce qui est, peut être, un tantinet exagéré …) tiendra toutes ses promesses.
Revenons, un instant, sur le fameux "brickyard" d'Indianapolis, inauguré en 1911. Ce circuit atypique, constitué de quatre lignes droites d'inégales longueurs, joignant quatre virages parfaitement identiques, a plutôt bien réussi aux bolides et aux pilotes venus de France. Ou plutôt à l'un d'eux, qui défie les spécialistes américains dès 1913. Jules Goux et sa Peugeot s'imposant au terme d'une extraordinaire chevauchée. Relégué à la 13èmeplace à la suite d'ennuis de pneus, le parisien remonte jusqu'à la tête de la course, s'empare de celle ci à 400 miles du but, et la conserve jusqu'au bout. Ce résultat incite Peugeot a revenir, en force, en mai 1914, histoire d'enfoncer le clou. Et Delage décide de ne pas laisser l'un de ses principaux adversaires sur les circuits d'Europe engager, seul, une campagne américaine qui lui offrirait les mérites d'une nouvelle victoire. Deux voitures fabriquées à Courbevoie, confiées à René Thomas, alias "Trompe-la-mort", et à Albert Guyot, sont donc du voyage. Bien leur en prend, puisqu'elles s'octroient la première et la troisième places de ces "500 Miles" ! La seconde position revient, certes, à une Peugeot, mais il s'agit d'une 3 litres "Sport" (type "Coupe de l'Auto" ), engagée par le journaliste américain W.F.Bradley, donc plus ou moins "coéquipière" des Delage, et d'ailleurs conduite par l'un des pilotes habituels de cette firme, Arthur Duray ! Les Peugeot officielles ne récoltent que les miettes du gâteau. Si Jules Goux termine à une honnête 4èmeplace, Georges Boillot casse son châssis à moins d'une heure de l'arrivée. Toutefois, ce sont bien les voitures françaises qui ont dominé le débat, et lorsqu'elles arrivent dans les paddocks (ce terme hippique demeure, en 1914, des plus appropriés, eut égard à l'environnement !) du Grand Prix de l'Automobile Club de France, à Givors, les tenants d'un nouveau succès "tricolore" ont toutes bonnes raisons de leur accorder la faveur du pronostic, fusse les yeux bouchés et les oreilles fermés …



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Boillot fonce vers une possible victoire


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La Delage de Bablot aux stands

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Lautenschlager et sa Mercedes passent la ligne en triomphateurs

En face, une redoutable phalange germanique

Il est vrai que, avec trois voitures chacune, les deux marques françaises les plus cotées n'ont pas lésiné sur les moyens. Peugeot aligne ses meilleurs pilotes, Georges Boillot, Jules Goux, et l'excellent Victor Rigal, capable de suppléer à une défaillance de ses chefs de file. Delage réplique en confiant ses 4,5 litres à ses champions institutionnels, Albert Guyot et Arthur Duray, Paul Bablot remplaçant René Thomas. Pour autant, il ne faut pas sous-estimer le potentiel d'une forte équipe Sunbeam, avec des gaillards de la trempe de Dario Resta, Kenneth Lee Guiness et Chassagne, et compter avec les Fiat, emmenées par le rapide Fagnano. Surtout, il convient de redouter une écurie Mercedes dont le nombre -cinq voitures !- impressionne autant que l'organisation très militaire. Le français Louis Wagner et le belge Théodore Pilette appartiennent à cette phalange, par ailleurs composés des allemands Christian Lautenschlager, Otto Salzer et Max Sailer. Le degré de préparation, la minutie de la démarche et son caractère "jugulaire-jugulaire" se retrouveront, intacts, dans les équipes Mercedes que Alfred Neubauer dirigera dans les années trente et cinquante.
Cette véritable démonstration de force pourrait être assez mal perçue, de la part d'une écurie qui représente l'Empire Germanique. En effet, en ces tous premiers jours du mois de juillet 1914, il ne fait guère de doute que la menace d'un conflit armé entre l'Allemagne, la France et leurs alliés se fait, chaque jour, plus précise. Un climat aussi hautement délétère ne peut être occulté, même le temps d'une rencontre sportive ! Surtout lorsque, à l'issue des entraînements, on constate que la lutte pour la victoire opposera les deux nations qui, à peine un mois plus tard, (l'ordre de mobilisation générale et la déclaration de guerre surviendront le 2 août) vont s'affronter dans des combats autrement moins anodins …



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Louis Wagner est l'unique pilote français de l'armada germanique ....

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La Piccard-Pictet suisse en action, elle ne verra pas l'arrivée ....

A ce sujet, certains de nos meilleurs auteurs ne sont pas totalement sur la même longueur d'ondes ! Dans son "Histoire Mondiale de l'Automobile", le regretté Jacques Rousseau insiste sur le côté pesant et quasi-prémonitoire de cette première passe d'armes entre les futurs belligérants. Christian Moity, auteur du volume consacré aux précurseurs dans la somme des ouvrages réunit par E.T.A.I. (sous le titre de "50 ans de Formule 1" ), relativise la portée populaire de l'évènement, hors du cadre sportif. Il nous a confié que son propos, fort mesuré, s'appuyait sur la lecture attentive de la presse de l'époque, laquelle, à peu d'exceptions près, ne s'est guère focalisée sur les aspects autres que purement techniques, et sportifs, de ce Grand Prix de l'A.C.F.

Quatre freins sur les Peugeot et les Delage, une première !

A propos de technique, justement, il convient de rappeler que la réglementation alors en vigueur, pour les voitures dites de Grand Prix, est simple: cylindrée maximum de 4,5 litres, poids minimum fixé à 1 100 kg, pilote et mécanicien compris; tandis que la largeur du véhicule ne doit pas excéder 1,750 mètres.
Les mécaniques à 4 cylindres en ligne des Peugeot et des Delage sont incontestablement nobles. Une culasse à double arbre à cames en tête abrite une commande desmodromique des quatre soupapes par cylindre, un dispositif élaboré qui permet de se passer des fragiles ressorts de rappel. La Peugeot, pesée à vide à 908 kg, offre 112 chevaux vers 2 800 tr/mn, et sa vitesse de pointe s'établit aux environs de 180/185 km/h. A l'instar des Delage, et des Piccard Pictet venues de Suisse, qui offrent la même innovation, la fille de Sochaux dispose, pour la première fois, de freins sur les quatre roues ! On constate aussi que la Peugeot propose une ligne plus fluide, mieux profilée, nettement plus élégante que celle de ses rivales. En particulier la carrosserie, encore très "caisse au carré", des Mercedes, dont le 4 cylindres "double arbre", également muni de seize soupapes, offre 112 chevaux à 2 800 tr/mn. Sur le papier, les caractéristiques et les performances des principaux adversaires s'avèrent bien proches, pour ne pas dire identiques, une donnée que l'on retrouvera tout au long de l'histoire des autos de Grand Prix, puis des Formule 1 qui leur succèderont, les mêmes effets réglementaires engendrant les mêmes causes. Sur le terrain, par contre, les théoriques données chiffrées auront, souvent, maille à partir avec la réalité …


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Tabureau et son ALBA se ravitaillent

Une ligne droite de 13 kilomètres !

Tracé au sud-ouest de Lyon, du côté de Givors et de Rive-de-Giers, le circuit du Grand Prix de l'A.C.F. 1914 développe la bagatelle de 37,630 kilomètres ! Bien entendu, il emprunte des routes existantes, joliment empierrées, et se caractérise par une ligne droite de près de … 13 kilomètres, précédant la partie dite "des Esses" laquelle, comme l'indique son nom, constitue la portion la plus accidentée du parcours, que les pilotes devront effectués 20 fois. Soit, au total, la bagatelle de 752,620 kilomètres de course. Ce qui n'est rien, comparé aux 1 540 kilomètres figurant au programme du G.P. de l'A.C.F. de 1912, disputé à Dieppe. Sur deux jours, il est vrai …
Samedi 4 juillet 1914, huit heures. Le ciel est plutôt gris, mais la pluie épargnera les 37 concurrents retenus, qui représentent six nations et treize marques. Les bolides sont lâchés toutes les trente secondes, sous l'œil d'une foule considérable et de quelques observateurs avisés, dont le Président Edouard Herriot, et le tout jeune André Citroën, alors directeur de la firme Mors. Au terme du premier tour, la Mercedes de Sailer occupe la meilleure place, de peu devant la Peugeot de Boillot. Arrivent ensuite, tout près de la Peugeot N°5, la Delage de Duray, la Sunbeam de Dario Resta, la Peugeot de Goux, et la Mercedes de Pilette.
La chronique prétend que, ce jour là, la direction sportive de Mercedes-Benz a "inventé" le principe consistant à envoyer une ou plusieurs voitures en tête de la course, quitte à les sacrifier pour peu que cette tactique oblige la concurrence à forcer, elle aussi, l'allure de ses machines. Et que les "lièvres" désignés (des "lièvres" qui ont mission de manger du Lion !) sont, justement Sailer et Pilette … Sur ce point, non plus, les historiens ne sont pas au diapason, et l'on n'est pas le moins du monde certain que l'arrêt prématuré de Pilette, dès le second passage, pas plus que la bielle cassée qui met fin à la démonstration de Sailer -et porte au commandement la Peugeot N°5- soient la conséquence d'une consigne aussi soigneusement élaborée !


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La Mercedes de Wagner au stand

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L'équipe Peugeot (Boillot, Goux et Rigal) a fière allure et porte tous les espoirs français

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En route pour le succès ....

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L'élégance italienne, déjà, dans les lignes épurées de la FIAT de Fagnano ....

Double problème de pneus pour Boillot !

En tout cas, à partir du 5èmetour, voilà Georges Boillot en tête de ce Grand Prix … Assez loin devant la Mercedes N°28 de Lautenschlager, mais, pour autant, soucieux quant à la suite des événements. En effet, de constants problèmes de pneumatiques, dus à des déchapages, mais aussi à un malheureux panachage entre des enveloppes "lisses" et des pneus à talons plus accrocheurs, vont contraindre le pilote Peugeot à une bonne demi-douzaine d'arrêts non programmés. En outre, pour des raisons esthétiques et/ou aérodynamiques, les deux roues de secours, habituellement installées sur les côtés, entre le capot-moteur et l'habitacle, ou encore à l'extrême-arrière du véhicule; sont, sur les Peugeot, montées dans la pointe arrière, juste derrière le cockpit. Et elles sont recouvertes d'un cache métallique certes fort esthétique, mais dont le poids, ajouté à celui des roues en question, rend la voiture assez délicate à conduire dans les portions sinueuses. En clair, Boillot doit combattre un survirage excessif, ce qu'il fait d'ailleurs avec son habituelle maestria. Il parvient ainsi, pendant douze tours, au prix d'une attaque incessante, à résister au retour d'un Lautenschlager, qui a nettement haussé le rythme. A l'attaque de l'avant-dernière boucle, Boillot y croit encore: il vient de subir la loi du pilote allemand, mais la vaillante N°5, quoique reléguée à plus d'une minute, et dont le moteur tourne déjà par instant sur trois cylindres, peut encore sauver l'honneur. Une tête de soupape va alors se briser, comme se brise le rêve d'un Georges Boillot, épuisé par l'intensité de la lutte. Sur la ligne d'arrivée, Christian Lautenschlager est bel et bien premier. Pire, la victoire des Mercedes prend des allures de triomphe, lorsque Louis Wagner et Otto Salzer s'emparent des seconde et troisième places. Pour Peugeot, la pilule est amère, quand bien même Jules Goux termine 4ème, tout près de Salzer. Rigal, 7ème, a subi la loi de la Sunbeam de Resta et, pire encore, celle de la modeste Nagant belge, conduite par Esser. La leçon est encore plus rude à recevoir, pour une équipe Delage jamais en mesure de se mêler aux débats, et dont l'unique rescapé, Athur Duray, finit à une anonyme 8èmeplace !
Pendant cinq longues, cinq terribles années, l'automobile et ses dérivés ne feront plus parler d'eux qu'en jouant un rôle majeur dans ce qui demeure la première "guerre mécanique" de l'Histoire. Et l'on ne peut s'empêcher de penser que ce "Grand Prix des Grands Prix" a, effectivement, marqué la fin d'un art de vivre que l'on qualifia, plus tard, de "Belle Epoque" …




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Jules Goux et sa Peugeot

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Fernand Charron et son ALDA lors des opérations de pesage .....
Les derniers commentaires
Farfadet 86
10 août 2017 à 10h53
 
Encore un billet de qualité nous montrant combien l'Aventure automobile et son retentissement dans les sports mécaniques ne sont pas que mythes  mais un panel de faits bien réels, des passes d’armes par voitures de courses et leurs valeureux pilotes interposés...  Un régal à découvrir ici. Les jeunes générations devraient venir  lire et regarder les photos de vos articles et au moins se rendre compte que l'auto d'aujourd'hui  si performante et connectée soit-elle, doit beaucoup à ces pionniers ingénieurs, mécaniciens et pilotes qui l'ont, sans cesse, fait progresser.
Message modifié le 10 août 2017 à 10h55
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Les commentaires récents
  • Grigougnou
    Bien vu et bien envoyé, quelque chose me dit que je n'ai pas fini de te lire ;)

    Alain, ami de passage qui rentre à Lyon.

    PS : la chatte semble en effet très attachante...

    Le 13 septembre 2018
  • Farfadet 86
    Excellent billet... anecdotes, historique de l'auteur débutant conducteur et du modèle,  participations aux épreuves sportives, caractéristiques techniques, tout y est !...

    Une Dauphine au-dessus du lot et...

    Le 12 février 2018
  • Farfadet 86
    L’Éternel féminin ici conjugué en grâce à l'auto elle aussi tant désirable.
    Charme indéniable de la FEMME qui sied à ces termes eux aussi au féminin :  automobile, voiture, belle mécanique, "bagnole", "caisse"...

    Le 12 février 2018
  • Farfadet 86
    Qu'importe le verre ou les "sous verts" pourvu qu'on ait l'ivresse !...

    Merci pour ce reportage photos qui a mis spécimens rares et modèles populaires d'antan bien en évidence pour le visiteur de ces pages.

    Le 12 février 2018
  • Farfadet 86
    Encore un beau et exhaustif reportage, bien fadé en photos et explications sur ces Mercedes W 196 /198 , stars en leur temps. des sportives de haut niveau.
    Un palmarès plutôt  consistant sous l'égide d'un directeur de...

    Le 17 novembre 2017
  • Farfadet 86
    Encore un billet de qualité nous montrant combien l'Aventure automobile et son retentissement dans les sports mécaniques ne sont pas que mythes  mais un panel de faits bien réels, des passes d’armes par voitures de...

    Le 10 août 2017
  • Nenelechampenois
    Merci pour le commentaire, Farfadet !

    Le 25 mai 2017

 
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