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Octobre 1973, à la sortie de Toulouse sur la RN113, il est environ 22 H, je roule à vitesse réduite sous les averses, les balais d’essuie-glace de la 4L ne parviennent pas à diminuer les effets de loupe de l'incessant ruissellement des trombes d'eau qui s'abattent sur le pare-brise. Croiser les voitures venant en sens inverses est extrêmement fatiguant pour la vue tant l'éblouissement de leurs phares est accru par la pluie et le miroitement de la chaussée.

ob_c75340_6a00e54ef0bfc488330162ff8fedbb970dLever de rideau sur une rencontre à la croisée de chemins (Image Internet)Voir l'image en grand0 vote



A une intersection pour rejoindre la RN 113 en direction de Narbonne, j’aperçois une ombre sous la pluie, une forme humaine à l’apparence fantomatique sous ce déluge. Elle a le bras levé… je m’arrête une vingtaine de mètres plus loin… qui laisserait une personne sur bord de la route en pleine nuit et sous ces cataractes ?
La personne s’approche de la voiture, j’ouvre la portière droite… une femme à l’âge incertain, encapuchonnée sous un vieil imper, ruisselle…
- Montez, ne restez pas à vous tremper ainsi !
- Oh merci ! Elle a un sac de voyage en toile que je dépose dégoulinant sur le plancher entre les sièges avant et la banquette arrière… puis cette dame s’installe sur le siège passager à la fois gênée d’être toute mouillée et rassurée d’être enfin à l’abri…
- Vous allez où ?
- Á Avignon …
- Avignon ! Eh bien, nous n’y serons pas tout de suite, vous savez …
- Oui, je m’en doute bien mais j’imagine que ce n’est pas votre route…
- Eh bien si, je vais dans la Drôme, dans le Diois, Avignon est sur ma route et donc je vous amènerai à destination.
- C’est vraiment très gentil de votre part, je ne pensais pas trouver, surtout à cette heure tardive, un automobiliste pouvant me conduire d’une seule traite jusqu’à chez moi…
- Tenez, sans vouloir vous offusquer, pouvez-vous quitter votre imperméable, j’ai un plaid à l’arrière avec lequel vous pourrez vous recouvrir car vous êtes transie de froid. Bien que gênée pour le dérangement occasionné, elle se défait de son imper que je dépose sur la banquette arrière d’où j’ai retiré le plaid dans lequel elle s’emmitoufle aussitôt.
- Il fait bon dans votre voiture… Merci encore de votre assistance.
- C’est normal vous savez… Je redémarre… il pleut toujours à verses. Nous roulons quelques kilomètres sans rien dire. Dans la pénombre, de l’habitacle, sans pour autant la dévisager, je me rends compte que ma passagère n’est ni toute jeune ni très vielle, son âge devant se situer dans la cinquantaine d’années. Je brise le silence...
- Sous cette pluie incessante, il est difficile d’aller vite alors, à ce train, nous n’arriverons à Avignon qu’au petit matin…
- En fait, je suis en route depuis deux jours… je viens de Lourdes m’explique-t-elle…
- Vous étiez en pèlerinage ?
- En quelque sorte oui, j’ai commencé le voyage avec une amie, à l’aller nous avions pris le train. Nous sommes restées une semaine à Pau, chez une autre amie à elle.
- Et de là vous êtes allez à Lourdes…
- C’est cela… disons que je tenais à y aller moi, et j’y suis allée seule en car. Sur place, J’ai passé deux nuits dans un foyer du secours catholique puis, à mon retour à Pau, mon amie était repartie… elles s’étaient disputées…. L’ennui c’est qu’elle est repartie avec nos billets de train, omettant de laisser le mien… J’étais bien malheureuse, savez-vous, d’autant que je n’ai pas beaucoup d’argent, en tous cas pas de quoi me payer un billet retour… j’ai donc fait du stop … c’est ainsi que vous m’avez trouvée…
Je reste un moment silencieux quelque peu soupçonneux quant à la véracité de ses explications que, par ailleurs, elle n’était pas obligée de me fournir… mais sachant que nous allions être de longues heures à nous tenir compagnie, il devait être important pour elle de me conter un peu de son aventure et des circonstances qui l’ont conduite à faire du stop. Je me dis qu’elle me raconte des craques car elle m’a plutôt l’air d’être une personne en errance, à la limite du vagabondage si j’en juge par son allure et son pietre bagage, mais m’ayant donné sa destination, je me ravise et me garde bien de la questionner.
Le silence se fait pendant de longues minutes, je reste concentré sur la conduite car il tombe des cordes … A cette époque, les routes passaient par tous les bourgs et villages, la N 113 ne faisait pas exception. Malgré l’heure avancée, il y avait encore pas mal de circulation, avec de nombreux camions qui se trainaient, et que l’on était condamné à suivre à distance sur des dizaines de kilomètres tant il devenait périlleux d’entreprendre un dépassement sous les trombes d’eau. Rare étaient les occasions de franchir le « 70 »… Pour reprendre la conversation, ma passagère se hasarde à me demander …
- Vous ne craignez pas de rouler de nuit ; je suppose que vous êtes représentant… souvent sur la route …
- Oui, j’aime bien voyager de nuit mais je ne suis pas représentant, là, je rentre d’un séjour chez ma petite amie et vais reprendre mon travail d’ouvrier maçon dans un petit village de la Drôme.
- Alors là, je ne vous imaginais pas maçon !… Elle se ravise aussitôt, pensant m’avoir blessé avec cette remarque. Oh pardon ! Je ne voulais pas dire que vous ne paraissez pas assez physique pour faire ce dur métier…
- Il n’y a pas de mal, vous savez, c’est toute une histoire… je lui résume alors ce pan de ma vie où, d’éducateur en Normandie, j’en étais arrivé à celui de maçon dans le bas Dauphiné…
- Et votre petite amie elle travaille aussi ?
- Elle est éducatrice à Agen…
- Ah c’est bien cela, l’aide aux enfants et aux jeunes en difficulté, vous avez cela en commun…
- Elle s’occupe plutôt de cas sociaux, d’enfants et adolescents placés en foyer c’accueil par l’assistance publique, maintenant tutellée par les DDASS, moi, j’avais en charge des enfants déficients mentaux, pour la plus part placés en institution par leurs parents, sous couvert de l’UNAPEI.
- Vous ne regrettez pas d’avoir cessé cette activité ? La conversation s’était installée en même temps que l’atmosphère s’était détendue ; chacun étant moins sur ses gardes, et donc plus en confiance, se livrait alors à quelques confidences…
- A vrai dire, je voulais faire cette expérience d’un travail très physique où l’on est souvent en plein air et où les tâches sont souvent variées d’un chantier à l’autre. Je ne vous cache pas que c’est pénible, surtout à cette saison où les intempéries et le froid sévissent et durcissent sensiblement les conditions de travail…
- Qu’en pense votre petite amie ? Si je peux me permettre, peut-être envisagez-vous de vous mettre en ménage et, si j’en juge par ce que vous m’avez expliqué, vous habitez vraiment loin l’un de l’autre…
- C’est bien là le problème, d’autant qu’elle n'envisage nullement quitter son poste à Agen. Nous en avons déjà parlé, elle souhaiterait que je laisse mon travail actuel et que je retrouve un poste d’éducateur…
- Ce serait mieux pour vous, ne pensez-vous pas ?
- Je dois avouer que je suis dans l’expectative car mon patron actuel, compte sur moi pour donner un peu plus d’importance à son entreprise, il m’a laissé entrevoir la possibilité de créer une société où j’aurai plus un rôle de gestionnaire, au niveau du recensement de chantiers et du suivi de la clientèle. Par ailleurs, en changeant de situation, je devrai entreprendre une formation car je n’ai pas de diplôme d’éducateur bien qu’ayant exercé depuis plus de 8 ans dans cette fonction. Il me faudrait alors trouver une institution dans la région où vit Hélène…
- Ah ! Elle s’appelle Hélène !…
- Oui, Hélène… et donc, vous expliquais-je, je devrai trouver une institution qui, en plus d’un poste, m’accorde la possibilité de faire une formation en cours d’emploi car, à ce titre, je possède déjà mon entrée dans certaines écoles du secteur sanitaire et social. Vous voyez, tout ceci est bien compliqué et c’est un véritable dilemme…
- Je comprends… mais vous savez, quand on tient à quelqu’un, on est souvent conduit à faire de sacrifices… en l’occurrence ce serait à vous de les faire… si j’ai bien compris…
- Oui… soupire-je… cela devra se décider dans les prochains jours …
Long moment de silence… Il est un peu plus de minuit quand je m’arrête à une station service pour faire le plein (A cette époque, le long des nationales il y avait toujours quelques stations ouvertes toute la nuit, tout comme l’étaient, également la pluspart des restaurants routiers…) Chacun en profite pour satisfaire ses besoins naturels… Je fais provision de quelques barres chocolatés et de biscuits à partager avec ma passagère. Nous repartons, toujours sous la pluie un peu moins dense… il y a moins de circulation et je peux maintenir une meilleur allure, roulant entre 90 et 100 km/h dès que la route se fait plus rectiligne…
Ma passagère somnole, je la laisse à son sommeil, moi, les yeux rivés à la route…
Bézier.. on rattrape le bord de mer… Il a cessé de pleuvoir… Montpelier... et l’on entame la remontée vers le Nord …
Ma passagère dont je ne connais pas encore le prénom se réveille confuse.
- Désolée, j’ai succombé à la fatigue ... et vous qui devez rester éveiller …
- Ne soyez pas désolé, c’est normal que vous vous reposiez.
- Vraiment vous êtes très gentil monsieur…
- Patrice… vous pouvez m’appeler ainsi …
- Et moi c’est Edith comme la chanteuse avec le talent en moins, bien sûr, et surtout pas la voix… elle éclate de rire…
Le restant de la route nous conduisant à Avignon, nous avons ainsi conversé échangeant pas mal de ces banalités qui étoffent nos vies. De cette Edith, je n’ai pas su grand-chose sinon qu’elle était célibataire, avait travaillé à la Poste, qu’elle avait été longtemps malade, qu’elle faisait, une à deux fois par an, un pèlerinage à Lourdes et que c’était un devoir qu’elle s’imposait. Je n’ai pas osé la questionner plus sur sa condition et moyens d’existence.
Parvenus à Avignon, sur le coup de 6 heures du matin, elle m’indiqua la route pour la déposer dans un quartier où il ya avait encore quelques bistrots d’ouvert ou en passe de s’ouvrir. Elle tenait absolument à m’offrir café et croissants… Nous entrions dans un petit bar où elle avait ses habitudes connaissant le patron qui la salua d’un « Tiens Edith ! De retour, ça c’est bien passé ce pèlerinage ? »
Avant de prendre congé d’elle, désirant payer les consommations, elle se fâcha…
- Ah non Patrice ! Vous avez été si gentil et serviable avec moi, que pour vous remercier, je vous offre le petit déjeuner, j’y tiens absolument !…
Je n’insistais pas et la laissais régler nos cafés. Nous nous quittions là… Avant de partir, chacun de son côté, nous nous sommes fait la bise :
- Je penserai à vous dans mes prières, Patrice, je vous souhaite beaucoup de courage »
- Au revoir Édith, à un de ces jours peut-être !...


Scan10226La 4L du farfaet dans le Diois...Voir l'image en grand0 vote

Je n’ai jamais revu Édith mais, un mois et demi plus tard, je quittais le Diois, retournais travailler avec mon père comme VRP, faisant la prospection-vente de produits phytosanitaires et de compléments minéraux destinés au bétail… Fin Juillet 1974, je me mariais avec Hélène, A la mi-septembre, elle quittait le domicile conjugal à Poitiers, pour retourner auprès de sa famille dans le Lot-et-Garonne. Sans véritable raison ni la moindre explication, elle voulait que l’on se sépare. Ce fut un vrai cauchemar pour moi… En Octobre, j’entamais une procédure de divorce. N’ayant fait aucune difficulté et ayant pris tous les torts à sa charge, le divorce fut prononcé en Mars 1975. En Mai 1975, je rencontrais Annie… Nous nous sommes mariés en Décembre de cette même année… En Avril 1976, nous revenions ensemble en Normandie pour travailler au Centre Saint-Martin que j’avais quitté 4 ans plus tôt. Tous les deux engagés comme éducateurs, avons pu, dans la foulée, faire notre formation en cours d’emploi. Amélie est née en 1977, Charlotte en 1980. Ainsi en famille, nous avons accomplis tout notre temps de carrière à Saint Martin…
J’ai toujours pensé que cette rencontre si impromptue, avec Édith, au-delà de l’événement, n’avait rien de fortuite ni d’un effet de hasard… elle se range justement à cette croisée de destins* qui, d’anodine, dispense ne serait-ce, qu’en quelques heures de présence et d’échanges de mots, un message providentiel pour nous réorienter et nous remettre sur le bon chemin de vie correspondant aux plus hautes instances de ce que je désignerai maintenant comme étant le véritable projet existentiel, celui inscrit dans notre subconscient, au plus profond de notre âme…

Citroën H du pèreCitroën H du pèreVoir l'image en grand0 voteMon père était un original, inventif … à la fin des années "50"; il avait acheté ,d’occasion, un vieux fourgon Citroën , type H , vous savez, un « tube » comme celui de « Louis la brocante »… La couleur de l’engin était d’un vieux bleu marine cauchemardesque … Le père a eu tôt fait de le repeindre en blanc … Bon, que croyez-vous qu’il allait faire de ce véhicule ?... Vous donnez votre langue au chat … ( pas à celui d’internet mais à celui que vous verrez sur les photos, un magnifique siamois du nom de Bibi…) En fait, le père a fait de cette camionnette un camping-car, voilà tout … Et je te bricole un lit rabattable et je te fixe des placards hauts et bas et voilà un véhicule de loisir des premiers temps qui ne revient pas trop cher… Avec, nous allions, les week-end du printemps, à la pêche sur les bords du Thouet dans les deux-Sèvres et, en Bretagne à la Turballe ,pendant 15 jours en été … Deux anecdotes croustillantes me reviennent ...

file0065a - D'abord celle ci :
Nous étions à la pêche un de ces samedi de Juin à Gourgé (79) sur les bords du Thouet, et nous devions passer la nuit sur place ; je crois bien que nous étrennions le « camping-car » en question… Il avait fait très chaud et, en fin de journée, au loin, le tonnerre grondait. Ma mère avait une peur bleue des orages. Il faut dire que celui qui s’annonçait était corsé … Elle insista auprès de mon père pour que nous rentrions au plus vite à la maison dont nous n’étions éloignés que de 30 Kms . A regret mon père plia ses lignes, remisa ses cannes à pèche, on démonta le auvent et nous repartimes sous le coup de 20 H. De grosses gouttes commençaient à tomber… Quelques kilomètres plus loin, parvenu à Sain-Jouin de Marnes, voilà que nous tombons en panne. Un déluge d’eau s’abattait sur la contrée... La pluie martelant la tôle ondulée du Tube faisait un bruit d’enfer. Ajoutez à cela, de ces éclairs fulgurant et vous saisirez fort bien, qu’à bord, l’ambiance était plutôt électrique. Et justement la panne était électrique, elle aussi... En fait il n'y avait plus de "jus "pour faire tourner le "moulin", la batterie étant à plat. Mon père, en homme prévoyant, avait, dans l’un des coffres arrières, une autre batterie destinée, elle, à l’alimentation en courant pour le séjour du campement. Sauvé !... Oui, certes, mais quelle installation !... car c’est avec des fils électriques à "pinces crocodiles" que mon père brancha la batterie annexe sur l’originaire, celle de secours ne pouvant trouver se place dans le compartiment destiné à cet effet là, sous le capot moteur ( Dans l’habitacle, comme il se doit pour un fourgon dit, à cabine avancée…) Le « Citron » redémarre sans difficulté … Alors là mes enfants, je vous dis que la fin du voyage retour fut plus qu’épique : le capot moteur interne ouvert, les fils baladeurs, les étincelles bleus de ceux-ci sur les cosses, la pluie battante, la nuit zébrée d’éclairs, les terrifiants coups de tonnerre, les hurlements de ma mère et notre vieille chienne Poppie affolée, prostrée sous mon siège, la langue pendante qui, comme disait le père, faisait le soufflet de forge, vraiment, le tableau était plutôt hallucinant… ce fut donc un mémorable retour d’une partie de pêche tombée à l’eau … sous des trombes d’eau…



Présentation du Citroën H dit aussi TUB ou TUBE .

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Ma passion pour les voitures ne se limite pas à des véhicules d’exceptions car je m’intéresse à tous types d’automobiles et particulièrement à celles qui « véhiculent » une histoire , voire une légende en rapport avec les services rendus à l’usager … En, l’occurrence , le Citroën type « H » fut bien un des utilitaires les plus populaires dont la silhouette caractéristique était plus que familière dans le paysage automobilistique des années « 50 » et « 60 » Bon nombre de commerçants, artisans et livreurs l’avaient adopté pour effectuer des déplacements de toutes sortes allant du service porte à porte aux livraisons sur long et moyen courrier. En son temps, de par sa conception originale, innovante au niveau pratique, le « H » était un excellent outil de travail, compagnon de route rigoureux, besogneux à la « bouille » bien avenante et sympathique…
Je me souviens l’année ( 1954-55) où nous habitions en campagne à « Saint Léger la Palu » , il n’y avait dans ce petit village de la Vienne qu’une seule petite épicerie café bureau de tabac, nous étions ravitaillés tout au long de la semaine par des commerçants effectuant régulièrement et à jours fixes leurs tournées en campagne… J’ai bien le souvenir qu’ils étaient au moins 8 à passer … Que ce soit les boulangers, les bouchers, le charcutier , les épiciers , le poissonnier , tous roulaient en Citroën type « H » … manque d’originalité direz-vous…
Certes… mais ce fourgon à « nez de cochon » comme on disait, le plus souvent gris souris parfois blanc, était idéal pour faire des tournées en campagne pouvant rouler sans dommage sur toutes sortes de routes et chemins grâce à un châssis robuste, une carrosserie cabine et caisse aux tôles nervurées rigidifiant l’ensemble et une mécanique éprouvée ( Celle de la traction avant 11cv ) … De surcroît, sa conception avec porte latérale sur glissière du côté droit et ses « ouvrants » arrières en 3 parties : 2 ventaux bas ouvrant latéralement et un volet haut se relevant servant de auvent, idéal pour accueillir les clients à l’abri, en faisait un très pratique petit magasin roulant qui, forcément, connu un énorme succès auprès des vendeurs ambulants... D’ailleurs, comme je l’ai dit dans mon article référencé plus haut, ce vénérable « Tube Citroën » est l’inséparable compagnon de route de Victor Lanoux , allias « Louis la Brocante » pour chacun de ses déplacements …

Ses concurrents de l’époque sont :
- Le « 1000kg » Renault à moteur « 85 » surtout prisé par les services de Police, Gendarmerie et Armée
- Le Peugeot D3A à moteur « 202 » puis « 203 » issu initialement de la production des utilitaires légers de Chenard & Walker type CPV, ce fourgon étant, lui, plus apprécié de certaines administrations publiques comme les "PTT" et des publicitaires de l’époque.

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Sur la photo ci-dessus : le Farfadet militaire en Été 1963 à bord d'un Renault 4X2.

Souvent nous retrouvions ces trois célèbres camionnettes sous des couleurs vives et gaies, affublées d’ornements publicitaires, se parant parfois de carrosseries spéciales abondamment vitrées, sur la caravane du Tour de France…
C’est seulement à partir du milieu des années « 60 » que le Citroën H trouvera sur sa route son plus sérieux concurrent : Il s’agit de "l’Estafette" de Renault qui, petit à petit, lui sera préférée comme utilitaire commercial.


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Genèse : L’étude de cet utilitaire léger remonte avant guerre, plusieurs prototypes sont mis au œuvre et testés mais la présentation du modèle définitif n’a lieu qu’à partir du mois de Juin 1948. La commercialisation sera effective dès 1949 et sera maintenu jusqu’en 1982 ; au cours de cette période, 490 000 exemplaires de « H » seront fabriqués …

Caractéristique techniques : Utilitaire de 1200 kg de charge utile – châssis poutre en acier nervuré – Moteur de 1911 cm3, 50 CV à 3800tr/mn – Vitesse max : 78 km/h - Consommation en essence : 13 l /100 km …

- Puis celle-là :

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à Bourgenay près de Talmon en Vendée - Été 58 -

Ce devait être au cours de l’Été 1959, cette fois, nous partions en vacances à La Turballe et mon père judicieusement, avait cru bon d’emmener notre 2CV en vacances elle aussi pour « rayonner » sur place sans avoir à désinstaller notre campement… Et quoi de plus naturel que pour faire suivre l’auto en question, nous l’ayons en remorque , derrière le Tube … Notre garagiste, le brave M. W… avait prêté à mon père un « sulky » 2 roues avec timon sur lequel était fixé le train avant de la 2CV. Le « sulky » attelé au fourgon et voilà l’équipage bon pour prendre la route !… 250 Kms que nous allions parcourir prudemment, partant aux aurores … Je l’ai déjà dit, mon père était prévoyant et nous ne partions pas en vacances sans matériel ni provisions… Ainsi, il avait trouvé logique de charger la 2CV en remorque avec, le tonnelet de vin ( hé oui… ), la bouteille de gaz et d’autres fourbis avec, par dessus le tout, mon vélo… Bien ...nous roulons pépère.... La traversée de Nantes s’est effectuée sans trop de difficulté mais voilà qu’en sortie de ville, nous devons franchir un passage à niveau en dos d’âne bien accentué ( pas seulement sur le « a » de âne, l’accent eh ! ... attention hein ! c’est bien un Mirebalais* qui vous cause … ) On a du le franchir un peu vite le passage à niveau, car ça a


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touché par en dessous, je vous jure … crack !!!! . Pliée la Deudeuche, pliée !… Eh oui, le poids en porte-à-faux a fait qu’un longeron de la plateforme châssis a cédé, lors de ce franchissement, si bien que la « tuture » est boursouflée dans ses soubassements, la pauvre !… Au niveau du montant central entre les portières, la caisse de la 2CV se trouve à peine à 5 cm. du sol... Jugez l’allure ! ... Enfin, ça tient encore et on parcoure les 80 derniers kilomètres à très faible vitesse pour ne parvenir à La Turballe qu’en fin de journée. Le lendemain le verdict du mécano du coin est sans appel : Il faut changer la plate-forme de la 2CV et pour cela, la démonter entièrement... Du coup, on n’en profitera pas pendant tout le temps des vacances et, le budget grevé par le coup de la réparation, eu pour conséquence que notre séjour bord de mer fut, quelque peu, écourté… Je me souviens de ce regard noir que ma mère a lancé à mon père quand elle a su le coût de la réparation… « Hein Marcel, tu vois avec tes inventions !... » Pauvre papa, à la fin de nos vacances, il a du faire un aller et retour supplémentaire entre Mirebeau et la Turballe car, cette fois, il n’était plus question de prendre notre 2CV en remorque…
Epilogue : Billet d'humeur ... billet d'humour ...
Mon père remettant un petit billet (à cette époque nous n'avions pas encore le Franc "lourd", un billet de Mille vous permettait d'acheter un kilo de boeuf et une demi livre de beurre...) mon père donc remettant un petit billet à l'apprenti qui avait réparé la 2CV , ce dernier le remercia vivement ...
"- Merci m'sieur ça va aider pour partir en vacances le mois prochain vous savez on a droit aux congés payés maintenant ...
mon père le coupa net lui rétorquant :
- Je sais jeune homme ... moi aussi je suis con ... j'ai payé ..." ;)


Comme vous l’avez lu, à la fin du voyage retour de Grèce, l’Anglia a déclaré forfait à quelques 350 Kms de l’arrivée
Vendue à la casse pour 50 F la petite Ford ! … Me voilà donc de nouveau sans voiture … et après ce voyage, les économies ont bien fondu, acheter une autre voiture n’est guère envisageable avant plusieurs mois…
Je ne peux pourtant pas rester sans véhicule, le Centre Saint Martin est à deux kilomètres du bourg, les temps de pause sont chiches et courts et je n’ai qu’un seul jour de congé par semaine… Dès lors, je suis condamné à l’immobilité …
Reste la solution d’acheter un vélomoteur ce qui, à ce moment de la rentrée 1970, m’est encore financièrement possible ; c’est d’ailleurs ainsi que j’avais procédé en 1967, lorsque j’ai revendu ma Dauphine… j’avais acquis un cyclomoteur qui m’a permis de me déplacer pendant 14 mois, jusqu’à l’achat de l’Anglia …

Et puis le « deux roues » motorisé ça me connaît … Allez !... Je vous raconte …

Gamin, j’ai fait pas mal de bicyclette … c’est bien le vélo... mais faut pédaler pour avancer … vous saviez ça !… Et dans les côtes, faut forcer en se mettant debout sur les pédales ce qui revient à grimper « en danseuse » en se trémoussant le popotin…

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Vélo-Solex type 660 ( 1955-57) :vsx.collectionmachine.com/

Je devais avoir 12 ans quand, pour la première fois, j’ai expérimenté le vélomoteur
… C’était à Pouzay dans l’Indre et Loire, sur un Solex qui appartenait à la fille aînée d’amis à mes parents. La petite sœur qui avait mon âge l’avait chapardé dans la cour et nous étions sortis sur la place, juste en face… C’est d’abord, Françoise, la petite sœur, qui l’a étrenné, faisant plusieurs tour de l’église puis ce fut mon tour. Je ne connaissais rien au fonctionnement de l’engin … le démarrer avec le moteur enclenché, en plus d’être dur, présentait l’inconvénient de faire chasser la roue avant brusquement si on avait pas assez de force dans les mollets. Il s’agissait du bon vieux Solex type 660 à entraînement à galet, le moteur étant en suspension au-dessus de la roue avant. En pédalant préalablement pour le lancer, il fallait pousser vers l’avant le levier basculant le moteur dont le galet entrait alors en contact sur la roue. Petite secousse et « broum broum broum ... », ça démarrait en fumant un peu … plus besoin de pédaler, le vélo avançait seul…. le pied ! … Ah quelle sensation mes amis, quel plaisir !… J’en ai fait des tours d’église, la Françoise, courant derrière en criant pour que je m’arrête… Bon, on s’est fait copieusement réprimander par les parents et la grande sœur mais ça valait bien la peine …


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Mobylette type AV3 (1949-52)

Il se passa plusieurs années avant que je remonte sur du « deux roues » motorisé…
mais, à partir de mes quinze ans, les choses se sont précipitées…Ce fut d’abord à Charroux, à l’occasion de vacances chez ma Tante (sœur de mon père) Son mari, mon oncle donc, était maçon, un fort brave homme mais qui n’était pas très en phase avec le progrès. Bien qu’ayant les moyens, mon oncle n’a jamais eu de voiture. Pour voyager ce que d’ailleurs, ils effectuaient rarement, ils utilisaient les transports en commun et pour ses petits déplacements, mon oncle se servait de sa Mobylette AV2v1… Une antiquité, car il s’agissait d’un des premiers modèles mis sur la marché …
Un après-midi, je l’avais tellement « tanné » pour me permettre de faire un tour sur sa mobylette, qu’il avait cédé… Me la laissant, il me demandait de ne pas aller trop loin et de la ramener une heure plus tard, sans manquer de me faire les recommandations d’usage et surtout celles de prudence … Oui, oui, Tonton tu peux compter sur moi !…
Tu parles !… Sillonnant les petites routes des environs, je suis allé jusqu’à Civray, parcourant au total plus de 45 Km et ne revenant que deux heures plus tard … Bien sûr, le tonton n’a pas apprécié mon manquement et, à mon grand regret, ne m’a plus laissé sa mobylette … Dommage, car franchement, j’avais particulièrement apprécié cette escapade en vélomoteur…

Eh oui, déjà avec un petit moteur entre les chevilles, même les pieds reposant sur des pédales, on se sent un homme !…

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"Le Poulain" ... c'était un genre de "petrolipède" comme ça ...


Quelques mois plus tard, mon père mit à ma disposition un vélomoteur d’un autre âge
( disons préhistorique…) qu’il avait bidouillé lui-même ayant monté sur un cadre de petite motocyclette d’avant guerre à l’authentique fourche à parallélogrammes, un moteur "Le Poulain" de 45cm3, une mécanique antique et en "toc" aussi … Je vous passe l’allure de l’engin avec son cadre peint en noir, ses garde boues, son réservoir à carburant et ses jantes peintes en vert clair … sa grosse selle à énormes ressorts… impossible de passer inaperçu … Nous sommes en 1959 et les mobylettes bleues font déjà fureur chez les jeunes du moment... moi, avec mon « Le Poulain », je m’inscris directement chez les "gugus" de service. Basta, j’adopte l’engin, à moins que ce ne soit le contraire… Ah, pour ça, je suis très remarqué avec ma mopette… j’vous dis pas !... d’autant que pour la mettre en route, je dois parfois parcourir la moitié du village en pédalant comme un forcené, suant sang et eau, avant que le moteur tousse … « Pot pot pot pot pot pot pot !… », je disparais enfin derrière un nuage de fumée bleue puis blanche… on me suit à la trace, à l’odeur aussi et très facilement vu que l’engin ne dépasse pas le 25 à l’heure … N’importe quel cycliste lambda me dépasse et me sème … le pied, j’vous dis … Et justement les pieds sont mis à contribution au moindre palier montant car le moteur est particulièrement asthmatique dans les côtes, il faut donc le soulager en pédalant dare dare … Je ne sais, au juste, combien de fois, je suis rentré à la maison en pédalant ou en poussant mon « Le Poulain » parfois sur plus de dix kilomètres, l’engin tombant régulièrement en panne… un vrai plaisir ! … Quand ce n’était pas le carburateur qui était en cause, c’était l’allumage ... que de fois nous avons, mon père et moi, plongé nos mains dans le cambouis à démonter puis remonter cette mécanique capricieuse !…
Un jour, j’en ai tellement eu mare que j’ai repris mon vélo, avec lequel, je me fatiguais moins lors de mes promenades et, surtout, me sentais moins ridicule. Le « Le Poulain » resta dans le fond du hangar jusqu’au jour où mon père a dû l’envoyer chez le ferrailleur ; pourtant, déjà à cette époque, ce « petrolipède » aurait eu sa place dans un musée …


Puis à la fin de l’Eté 1961, ne pouvant rentrer comme pensionnaire au lycée de Loudun, pour aller à mes cours, mes parents m’achetèrent une Mobylette bleue type AV88v1. C’était une occasion très récente qui n’avait roulé que six mois n’ayant que 850 Kms au compteur …
Une bonne machine que j’étrennais dès le lendemain rejoignant mes parents en week-end partie de pêche sur les bords de la Vienne à Pouzay où j’avais goûté, pour la première fois, aux joies vélomotoristes... La « mob » était nettement plus véloce que le Solex … Elle atteignait facilement le 55 à l’heure et croisait à un bon « 45 ». Sûr que du point de vue vitesse, on est encore loin du grand frisson mais cela me permettait déjà d’accomplir de bonnes distances les jeudi après-midi et dimanche pour aller voir les copains et copines du moment …

Déjà, pendant 8 mois, je suis allé au lycée de Loudun, partant chaque matin de Mirebeau et rentrant le soir accomplissant journellement 52 Kms … Cette portion de 26 Kms de La N147, (D347 aujourd’hui) je la connais parfaitement, j’aurai pu la faire les yeux fermés … d’ailleurs à partir de Chouppes, la route est toute droite sur 24 Kms … Il me fallait en moyenne netre 40 et 45 minutes pour accomplir ce parcours…En plein hiver, quand il gelait, sous ma grosse canadienne je mettais des journaux plaqués contre ma poitrine … pour faire obstacle à l’air froid. J’avais aussi un ensemble ciré, en deux parties, pantalon et vareuse, que j’enfilais par dessus le tout. Aux mains des gants de protection complétés par les manchons couvrant les poignées du guidon et, sous le casque, un passe montagne …Avec tout cet équipement, bonjour l’allure de cosmonaute!… Certains matins de grand froid , après avoir effectué les 26 Kms du trajet pour aller jusqu’au bahut, j’avais les genoux gelés, le bout des doigts en feu, les oreilles toutes rouges et des grumeaux de glace dans mon passe-montagne … En cours, il me fallait une demi heure pour me réchauffer, je ne pouvais même pas tenir un stylo …
Au printemps, c’était bien sûr, plus agréable et j’aimais bien m’arrêter en forêt de Scévolles pour marcher et rêvasser …
Cette année là, j’ai parcouru presque 10000 Kms avec ma Mob…

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La Mobylette Bleue du Farfadet militaire en 1964 (type AV88v1-1960-1974) :


Au mois de Juillet 1962 je suis parti faire mon service militaire à Angoulême, devançant l’appel, j’en avais pris pour deux ans … La Mob, je l’ai ramené à la caserne la dernière année de mon service. Elle m’a permis d’être autonome pendant mes permissions… Angoulême – Mirebeau, ce n’est jamais qu’à 140 Kms… ce qui représente 4 H de mobylette …Début Juillet 1964, tout juste libéré de mes obligations militaire (Vive la quille !) je suis allé faire un stage CEMEA pour être moniteur de colonie de vacances. Mi Juillet, je rejoignais une colonie de vacances du CE de la RATP à Mézière-en-Brenne (Indre) Tous mes déplacements, je les faisais en mobylette…

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Circuit de la Ronde de nuit du Farfadet en Mobylette ...

Ronde de nuit …
Premier jour de congé … Je devais récupérer une valise avec des affaires perso à la caserne que j’avais quittée au début du mois … Donc, ce soir là, après avoir couché mes pioupious, il devait être 22H quand j’enfourchais la Mob à destination d’Angoulême… Le Blanc, Montmorillon, Confolens, La Rochefoucauld, Angoulème, une étape de 170 kms faite de nuit… Je me souviens du brouillard opacifiant la route qui longeait la Vienne, aux alentours de Confolens, humide au possible et surtout réduisant la visibilité au point que je devais longer le talus pour suivre la route … J’ai dû arriver à Angoulême vers quatre heure du matin. Je suis d’abord allé à la gare SNCF pour me reposer jusqu’au lever du jour, sur un banc de la salle d’attente. Vers 9H du matin, ayant récupéré ma valise au Quartier Bossu je repartais aussitôt sur Mirebeau empruntant la N10. Je déjeunais dans un restaurant routier aux environs de Vivonne puis arrivais à Mirebeau vers 14H30. Je laissais ma valise à la maison, Je me remis en route presque aussitôt pour rejoindre mon point de départ à Mézière-en-Brenne distant de 90 Kms … A 18H j’étais de retour au château de Beauregard, lieu de la colonie de vacances … Rejoignant la piaule que je partageais avec un autre mono, je suis allé me coucher dès mon arrivée pour dormir, d’une traite, jusqu’au lendemain matin …A 7H30, je levais nos pioupious, frais comme un sou neuf, le derrière et l’entre cuisse quelque peu mâchés, m’affublant de cette démarche arquée de vieux cavalier … Oui j’avais accompli un périple de 400 Kms, en à peine 20 heures (arrêts compris) à me tamponner le cul sur la selle de ma mob bleue. Une sacrée boucle pour une 49.9 "cul buté" !...


C’est aussi avec cette mobylette
qu’en ce mois d’octobre 1964, j’ai débuté comme VRP sous la tutelle de mon père qui m’envoyait prospecter dans les fermes afin de vendre des produits vétérinaires dont j’avais quelques échantillons dans mes sacoches … fallait oser car un représentant en MOB, même à cette époque, ce n’était pas courant. Fort heureusement, cette aventure n’a pas trop durée, car j’obtenais mon permis de conduire, le mois suivant et, à la mi novembre, j’allais visiter mes premiers clients en Panhard Dyna Z…

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La BB 104 du Farfadet dans la Forêt de Lyons (Eure) en 1967...


En fait, vous l’avez pu lire par ailleur
s, ce type de profession ne me convenant pas, une année plus tard je me retrouvais éducateur stagiaire au centre Saint Martin, entamant 40 ans de carrière d’accompagnement de personnes handicapées mentales …
Comme je l’écrivais, plus haut, j’eus encore l’occasion de faire du cyclomoteur, dans l’intervalle de temps où je n’avais pas les moyens d’acheter une voiture
Ainsi, en 1967, ayant revendu la Dauphine, j’acquérais une BB104 Peugeot, une mob grise, super carénée avec laquelle, pendant une année j’ai parcouru la verte Normandie. Un jour de congé, partant d’Etrépagny je suis allé jusqu’au Havre pour voir "Le France" à quai… Un aller et retour de presque 300 Kms …


Ce récit est presque bouclé. Au retour du voyage en Grèce, ayant laissé ma Ford Anglia dans le Morvan, au cours de cet automne « 70", j’achetais un petit cyclomoteur Solex Flash qui avait la particularité d’avoir une transmission par cardan. Il m’a véhiculé pendant une huitaine de mois en attendant d’acheter la voiture suivante que je ne manquerai pas de vous présenter dans un prochain article …Au total, c’est certainement plus de 100 000 Kms que j’ai parcourus en vélomoteur …

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Le dernier cyclo du Farfadet : Le Solex Flash ( 1970-71)...


Et pour conclure …

En 1977, lors d’un stage de pratique artistique dans le cadre de la formation de moniteur éducateur, à l’école de Sées (Orne), j’avais entamé une sculpture sur bois qui, pour moi, représentait "Le Christ au mont des Oliviers". Passant visiter nos « œuvres » respectives, mon ami Jean B, un Breton farceur et bon vivant, véritable boute-en-train de notre promotion, examinant ma réalisation, s’est alors esclaffé :

On dirait John Travolta en Mobylette !…

Tout le monde autour, moi compris, partîmes d’un formidable éclat de rire …

De toute façon, dans notre milieu d’éducateurs, pour côtoyer les populations marginales mais non dépourvues d’originalité … il faut nécessairement avoir un "sacré pet au casque" !…


Le début de cette expédition "Farfandesque" mais absolument véridique jusque dans le moindre détail de ce qui est rapporté sur ces pages, vous le trouverez à ce lien ci-dessous :

Le dernier voyage de Belinda - préparatifs -

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Samedi 29 Août 1970
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La veille au soir, nous avions monté notre campement à la hâte et ce matin, après le petit déjeuner, nous nous employons à consolider notre installation…
A midi nous rejoignons Domenica à Wetzwil d’où nous partons aussitôt, la suivant sur une petite route de montagne, jusqu’à une adorable auberge où nous allons déjeuner. Elle nous fait découvrir la viande des Grisons que nous trouvons fort savoureuse. Autour de la table notre conversation est, cette fois, animée par ce qui tient à nos activités professionnelles respectives. Domenica nous parle avec passion de son métier d’institutrice spécialisée et nous, de Saint Martin dont elle connaît les résidents puisqu’elle y a effectué un stage d’une année et demi au cours des années « 67-68 ».

Il se dégage de tout ça un parfum de rentrée d’autant que nous vivons là, nos toutes dernières journées des vacances d’Eté…
Suite à cet agréable moment passé à l’auberge, nous allons à Zurich pour visiter la ville et faire quelques emplettes … Au moment de la collation, Roselyne invite toute la compagnie dans un salon de thé très chic où nous dégustons des glaces délicieuses. Vers 18H, Dominica prend congé de notre petit groupe… embrassades émues… on se promet de se revoir prochainement en France…



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Nous rejoignons notre campement au bord du lac. Il commence à pleuvoir… la présence de Domenica avait dû occulter la grisaille de ce jour … Nous dînons au chalet du camp puis rejoignons nos tentes à 9H30. Nous nous couchons tous aussitôt, rompus de fatigue …
La pluie clapote vivement sur la toile … l’humidité envahit l’atmosphère … on se serre les uns contre les autres car il fait vraiment frisquet …



Dimanche 30 Août :

Réveil sous la pluie qui tombe en cataracte, c’est l’inondation jusque sous notre tente…
Heureusement, pour se réchauffer, le petit déjeuner est copieux mais l’humeur est variable, et nous ne sommes pas très loquace…
Démonter le campement et plier les tentes sous la pluie battante, ne nous permet pas de retrouver le sourire, les jurons ponctuant la manœuvre. Il faudra vite faire sécher tout notre équipement à notre arrivée …
Oui, c’est bien ainsi, sous ces auspices chagrins, qu’a commencé cette dernière journée de notre expédition …

Il est 9H25 exactement, quand nous quittons le camping du bord du lac zurichois … (Dans son carnet de bord, Anne-Marie a noté 84840 km au compteur de la Simca 1000)...

La pluie cesse de tomber juste avant que nous arrivions à Bâle.
Nous nous arrêtons dans cette ville où il était prévu que nous rendions visite aux parents de notre patron. (G.D. directeur du centre Saint Martin est Suisse bâlois) Nous sommes fort bien reçus par ce vénérable couple qui nous offre la collation. Ils sont heureux d’ouïr nos aventures grecques…

A Midi, nous repartons, le soleil est réapparu.
Quelques minutes plus tard, nous passons la frontière et rentrons en France (Simca 1000 : 84942 km )...

J’ai la gorge serrée … Ce voyage et notre aventure qui tirent à leur fin … l’éloignement de Dominica … ou bien une curieuse prémonition ?... En tous cas, nous filons vers la Normandie … Les kilomètres s’enchaînent…
Passé Vesoul, des vibrations sporadiques se font ressentir dans la transmission qui court sous le plancher de la voiture ; ça dure peu de temps mais ça revient régulièrement ; je commence à m’inquiéter … je réalise aussi que nous n’avons pas fait la vidange moteur comme prévu, sinon fait l’appoint en huile avant de partir le matin même, de Zurich .. Et puis aujourd’hui, dimanche on va avoir du mal à trouver la station permettant d’effectuer cette opération d’entretien…
Poursuivant notre route sur la N19, nous passons Langres … A la radio, Jo Dassin chante "l’Amérique , l’Amérique ! Oui je la veux et je l’aurai ... l’Amérique !... » …
Les vibrations sont de plus en plus fréquentes et se font ressentir jusque dans le levier de vitesses qui vibre par à coups…

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16H … Humes… petite montée en milieu de bourg… la voiture s’immobilise … c’est la panne … Tentative pour redémarrer, sollicitation du démarreur…. rien … pire, on n’entend même pas le démarreur fonctionner… tout semble bloqué … Je ne dis rien mais ne me fais pas d’illusion. Cette fois, c’est la méga panne …
Des voitures sont à l’arrêt derrière nous. On se fait injurier. Daniel vient au devant de moi … À mon expression, il comprend que cette fois, on est bien "en carafe"… Nous poussons la voiture plus loin et la garons sur le bas côté, redonnant le passage à ceux que nous obstruions …
On lève le capot … ça sent l’huile mais rien ne fume…. Tous nouveaux essais tentés pour démarrer sont vains … le moteur est « serré »… nase… C’est fini,, nous n’irons pas plus loin avec l’Anglia…

Il y a un café tout proche. Nous nous y rendons, prenant rafraîchissement et surtout nous renseignant pour trouver un garage. Les cafetiers sont très gentils et contactent pour nous nous un mécano du coin qui, s’étant déplacé, confirme que le moteur de l’Anglia est "out" … ( C'est la fin Août aussi...)

Conseil de guerre ... Il faut pourtant rentrer en Normandie. Une partie de notre groupe peut le faire par la route, les autres doivent prendre le train. Une chance, Langres n’est qu’à 6 km où nous avons la gare, sur la ligne Paris Bâle …

Et l’Anglia ?... Elle ne peut être réparée dans l’immédiat. De toute manière, la casse moteur va coûter cher … un échange standard est envisageable… mais cette voiture est vieille, en vaut-elle la peine ?… Je réalise que cela tiendra du pansement sur une jambe de bois … la décision est vite prise. On laisse l’Anglia, bonne pour la casse … Dans un premier temps, le garagiste du coin ne veut pas récupérer la voiture. Avec Daniel, nous allons à Langres, d’abord prendre des billets de train pour nous, les 3 occupants de l’Anglia, puis quérir un ferrailleur. Nous obtenons bien les billets retour mais de ferrailleur, nous nous n’en trouvons pas et ne pouvons perdre notre temps à courir la contrée pour en dénicher un … Finalement le garagiste de Humes accepte de nous reprendre l’Anglia contre son prix en poids ferraille estimé à 50 F. On ne tergiverse pas, l’affaire est vite conclue… au moins, ça paye en partie notre billet retour …

Sans perdre un instant, nous déchargeons l’Anglia. Par chance on parvient à fixer la galerie sur le pavillon de la Simca 1000 qui se retrouve, à son tour, chargée comme une bourrique. Photos souvenirs :



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Emmanuel prévient nos patrons à Saint Martin pour leur dire que nous arriverons certainement tous, qu’en milieu de nuit …

17H45, nous récupérons nos bagages personnels, Daniel nous conduit, Maguy, Emmanuel et moi à la gare de Langres. Notre train pour Paris est à 18H15 …Une demi heure plus tard nous sommes installés dans un compartiment … Nous restons un long moment silencieux… puis on se sourit, pour enfin éclater de rire… J’ai quand même comme un nœud, là, sur l’estomac… J’aurai tellement voulu aller au bout de ce voyage avec l’Anglia … Eh bien non, ça ne sera pas, la petite Ford nous a lâché à 380 km du but, après avoir effectué un périple de presque 9000 km en à peine un mois… Nous avons relevé sur son compteur 149108,6 km …
Repartis à 18H40 de Humes, à bord de la Simca 1000, nos trois amis, Daniel, Anne-Marie et Roselyne poursuivent le chemin jusqu’en Normandie.
- 20H30, ils passent à Troyes (85316 km) puis Sens, un peu plus d’une heure plus tard ( 85385 km), remontent sur Paris. Passant par le sud de la capitale, ils arrivent à Saint Martin à 1H20 du matin ( 85636 km)

De notre côté nous arrivons un peu avant 22H à Paris, gare de l’Est. Nous prenons un taxi pour aller à la gare Saint Lazare. Environ, une heure plus tard, nous avons un train à destination de Gisors où nous arrivons à minuit et quart …

Lundi 31 Août 1970 :
1H40, Daniel vient nous récupérer à la Gare de Gisors … Il est tout juste 2H du matin quand nous passons le portail du Centre Saint Martin …

Épilogue : Nous ne tardons pas à aller nous coucher … la tête pleine des images d’un voyage au long cours agrémenté de merveilleuses découvertes, de surprises en tous genres, constituant une formidable aventure humaine où, comme vous l’avez pu lire, la drôlerie de l’existence, n’était nullement absente, reléguant cette fabuleuse épopée au compte des souvenirs inoubliables…
Et là-bas, sur un terrain vague du plateau du Morvan, une petite voiture grise est parquée définitivement au milieu d’autres épaves… Je l’avais baptisé « Belinda »… Vous l'aviez deviné, n'est-ce pas ?... :wink:

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Le début de cette expédition "Farfandesque" mais absolument véridique jusque dans le moindre détail de ce qui est rapporté sur ces pages, vous le trouverez à ce lien ci-dessous :

Le dernier voyage de Belinda - préparatifs -

Jeudi 27 Août 1970 :

La nuit fut bonne, nous avons presque fait le tour du cadran… C’est à 10h du matin que les premiers d’entre-nous émergent et, pour réveiller les autres, Daniel et moi, avons la bonne idée de déplacer la tente où dorment Maguy, Anne-Marie et Emmanuel. Ayant retiré les sardines d’arrimage puis, désolidarisé le tapis de sol, il ne nous reste plus qu’à lever l’ensemble, armature et toile et le déplacer de deux mètres sur le côté. Nos trois amis se retrouvent à l’air libre pour un réveil en pleine lumière …

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Grosse rigolade avant d’aller prendre un excellent petit déjeuner au bar du camping avec petits pains exquis et excellent café italien….
Bains, Douches, rangement du camp, à 13H30, nous partons à Venise … A vol d’oiseau la cité vénitienne est à environs 10 kilomètres mais nous sommes obligés de contourner la lagune ce qui représente un trajet de 55 kilomètres pour arriver aux parkings en entrée de ville…

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Nous parcourons la cité lacustre, en authentiques touristes … Parvenus Place San Marco on y retrouve la foule de nos congénères portant la focale sur nombril ou en position de troisième œil … Il y a beaucoup de Pigeons... Nous admirons le Campanile, badons d’émerveillement devant le palais des Doges puis allons à l’embarcadère le plus proche avec une grande envie de se gondoler …
Parvenus sur ce site à la mondiale renommée, nous nous promenons plus dans l’esprit d’une découverte du Venise plaisir que du Venise historique. A cet instant, nous sommes plus mandoline que violon, plus Arlequin que Pierrot, et avons surtout envie d’ouïr le chant allègre de l’Italien enflammé ou de plonger notre regard dans la volupté brune des belles italiennes …

Venise, ce soir, c’est surtout miroitement scintillant de ses eaux, reflets de ses arches colorées dans l’onde frémissante de ses clapotis. Nous sommes tombés sur le gondolier souriant, rieur hyper sympa qui y va de son cha cha cha et nous offre même le chianti…
Nous ne nous refusons rien, nous payant le restaurant à l’italienne, en terrasse, au bord du grand canal… Nous y mangeons fort bien, buvons bien aussi et … avons du mal à retrouver nos voitures… mais ça nous fait rire …

Nous rentrons … quel dieu nous a permis de retrouver nos tentes ?… allez savoir ?…
En fait, on a bien dormi au 606 de l’Européan Camping, c’est sûr, parce que c’est bien à cet endroit que nous nous réveillons, le lendemain matin …


Vendredi 28 Août 1970 :

Venise--Zu​rich

A 9 H exactement, nous quittons l’Européan Camping… Simca 1000 : 84088 km – Anglia : 148077 km …
Nous partons à destination de Zurich où nous devons retrouver Dominica, mon amie suissesse, que nous n’avions pas pu voir à l’aller…

A Venise nous prenons l’Autostrada, direction Milan distant de 270 km … Nous nous engageons dans une folle chevauchée sur l’excellente autoroute A4 italienne … Nous roulons allégrement en maintenant le 110. C’est sûr qu’avec son chargement l’Anglia fait bien du 12 litres aux 100 à cette allure … mais lancé ainsi au galop, on n’est pas à un galon près …
Rassurez-vous, nous faisons néanmoins parti des véhicules les plus lents et il vaut mieux rester sur la file de droite pour laisser passer les véloces Alfa Roméo et autres Lancia ou grosses Fiats, d’italiens pressés qui nous dépassent à grande vitesses dans un concert de trompes d’avertisseurs aux sonorités délirantes … Il est certain que nous ne sommes pas en mesure de faire la course avec ces bolides…
Nous passons au large de Padou, Vérone (Alfa… Roméo et Gulietta … du pur Romantisme à quatre roue j’vous dis !… ) Maintenant la cadence, nous voyons défiler les magnifiques paysages de Lombardie… Nous passons aux abords de Brescia, Bergame puis évitons Milan, passant au Nord de la métropole et rattrapons l’Autostrade en direction de Côme.

Il est 14H30 quand nous parvenons à la frontière Italo-suisse …
C’en est fini de l’autoroute, nous arrivons en Montagne et ça va aller de plus en plus haut … Lugano… nous suivons une route dans la vallée …
84477 km : La Simca 1000 tombe ne panne sèche. Nous puisons dans les jerricans de réserve ce qui nous permet d’atteindre Bellinzona, de faire le plein des véhicules et de nous désaltérer …

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A partir de Airolo, commence la longue ascension vers le col du Saint Gothard … Les paysages sont magnifiques mais les lacets de la route sont nombreux, à vous donner le tournis … On monte… on monte… et les rampes se font de plus en plus raides. Il y a aussi pas mal de circulation et derrière nous, une fille d’autos commence à se constituer car L’Anglia s’essouffle… Il y a des automobilistes qui n’apprécient pas beaucoup, à en juger les téméraires qui nous dépassent dans le vrombissement d’accélérations rageuses… bientôt les virages en épingles, se succédant, l’Anglia devient la tête d’un convoi qui progresse à 30 - 40 à l’heure…

A un moment, à la sortie d’une épingle, sur une très forte pente montante, l’Anglia cale, le moteur en asphyxie… Tentative de démarrage et ça cafouille à cause du vapor-lock lié à altitude. Pour compliquer les choses, le frein à main n’est pas assez puissant et la voiture commence à partir en arrière. Je freine aussitôt et enclenche la première … Tout le monde se retrouve à l’arrêt… La voiture qui est derrière moi est une coccinelle VW dont le chauffeur comprenant que je suis en difficulté vient coller son pare-choc au mien et nous retient, le temps que je tente de redémarrer … Après plusieurs tentatives, le moteur tousse, hoquette puis redémarre, on tourne d’abord sur « 3 pattes » pendant quelques centaines de mètres, roulant à 15 à l’heure, puis les quatre cylindres se font tous entendre, ça reprend vigueur…. encore quelques raidillons et nous parvenons au sommet du col … Ouf !... je m’éponge le front. Maguy et Emmanuel qui ne disaient plus rien depuis un moment, reprennent leur bavardage… On rigole un bon coup … Il est 17H … descente en douceur, sans s’emballer pour ménager les freins, cette fois. Tant pis, si derrière, les usagers s’impatientent, on ne va pas risquer l’accident. Nous découvrons des paysages extraordinairement beaux… au-dessus, des cimes enneigées, en dessous dans la vallée, des lacs azuréens …

19H40 Nous arrivons à Zurich. Il nous faut joindre Wetzwil dans la banlieue zurichoise …Nous y parvenons une demi heure plus tard …
Dominica nous accueille joyeusement. Elle nous a préparé un excellent dîner. Bonheur des retrouvailles … au cours du repas, nous la saoulons avec le récit de nos aventures à rebondissements …
Elle a retenu pour nous un emplacement dans un camping au bord du Lac et, à 23H, nous y conduit … Adorable Dominica …

Suite et Fin : Le dernier voyage de Belinda - 17 -

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