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http://idata.over-blog.com/0/2​3/15/62/Photos-2008/File0910aj​pg.jpgA force de fouiller dans les tiroirs du passé, on tombe soudain sur des vieilles photos jaunies par le temps, passées, elles aussi…
Ainsi dans une vieille boîte en carton où sont entassées pêle-mêle des photos en noir et blanc ou bien sépia qui remontent jusqu’à parfois 8 à 10 décennies en arrière, photos qui ne sont pas classées dans les albums de famille, j’en ai découvert quelques unes qui remontent à presque 70 ans et me présentent tout gamin avec mon père et ma mère devant la voiture familiale du moment… Grâce à ma curiosité concernant les autos et la bibliographie à disposition sur le sujet, j’ai identifié cette auto comme étant une Matford V8 type 66 de 1936… Sur l’une de ces photos figure notre chienne Poppie, cette présence, associée à un souvenir indélébile me permettent de dater l’événement … Ce devait être en 1948 … et ça fait un peu plus de 68 ans …
D’ailleurs, dans un article du "Mirebalais Indépendant", je fais mention de cette voiture lors de notre arrivée à Charroux …

Avec ma mère devant la Matford - look barboteuse et casquette...

Le souvenir que j’ai gardé de cette auto est lié à un seul événement, celui de notre chienne Poppie que nous avions récupéré au Chenil de Gennevilliers et le soir même de cette adoption, j’étais resté dans la voiture avec la chienne qui haletait à mes côtés, tandis que mes parents devaient faire des courses dans un quartier de Paris … le temps me paraissait interminable … Je me souviens des lumières de la ville, des magasins illuminés que j’apercevais depuis la voiture garée près d’un trottoir et de la chienne qui mouiquait* sans cesse, augmentant mon angoisse si bien qu’à leur retour, mes parents m’ont retrouvé en pleurs …
Quand nous l’emmenions en voiture, notre chienne a conservé pas mal de temps, ce comportement lié à l’angoisse. Nous en avions déduit qu’elle avait dû être emmenée au chenil en auto … et supposions que montant en voiture, elle redoutait qu’on l’y ramène…

Avec mon père et devant nous, la chienne Poppie...

Mais revenons à l’auto, si vous voulez bien …
Matford une marque aujourd’hui disparue, résultait de l’association de deux autres marques de grands constructeurs d’automobiles ayant fusionné : Mathis et Ford … La première, bien Française est née de l’entreprenant et créatif constructeur strasbourgeois Émile Mathis, la seconde, de renommée mondiale, est produite par Henry Ford dont les méthodes de construction ont révolutionné l’industrie automobile à l’échelon de la planète entière.
En 1934, Les usines Mathis connaissent une retentissante chute de production liée autant à la crise économique mondiale qui sévissait à cette époque qu’à la profusion de modèles dans une gamme trop complexe où la clientèle jusqu’alors fidélisée commençait à se perdre … Depuis le début des années « 30 », les marges bénéficiaires de l’entreprise Mathis se réduisaient sensiblement si bien que c’est avec plus de 4 millions de francs de déficit que se soldait l’exercice de l’année 1934.
L’entreprise étant dans le rouge, il fallait réagir vite. C’est alors qu’Emile Mathis a l’opportunité de rencontrer le géant Américain qui a déjà implanté certaines usines sur le sol européen, en Angleterre, en Allemagne, puis en France à Asnières. L’usine d’Asnières n’étant pas assez importante pour augmenter le chiffre des productions de sa marque, Henri Ford se montre intéressé par un rapprochement avec le constructeur Strasbourgeois dont les infrastructures sont, elles, bien plus étendues … Le 1er octobre 1934, l’accord est scellé et une nouvelle marque française fait son apparition sous le label Matford … Elle subsistera pendant 7 années. En 1941 suite à des bombardements, les usines de Strasbourg sont en grande partie détruites et mettent fin à l’entreprise … Mais avant, Émile Mathis déplorant d’être contraint à sacrifier les modèles de sa marque au profit des modèles d’origine Ford avait intenté une série de procès contre le grand généraliste Américain, procès, qu’il finit par gagner en 1939… Hélas la guerre survenue cette même année avec les conséquences qui en résultent, mettront fin à tous espoirs de reconquête du marché ainsi qu’à la survit de la marque…

Ainsi, dans un premier temps, au cours de l’année 1934-1935, sont produites, d’une part, des modèles Types TY-5 et Emy-4 de la gamme Mathis et d’autre part, des modèles Type Y puis des V8-40 et V8-48 de la gamme Ford. Le châssis Quadruflex type HO est mis au point communément et servira de base aux futurs Matford .
Pour le salon 1936 la gamme réorganisée sous la marque Matford s’articule autour de deux modèles à Moteur V8 :
- La nouvelle V8-62 , de 13 CV dont le moteur est entièrement construit dans les usines modernisées de Strasbourg. Ce modèle sera commercialisé sous l’appellation « Alsace »
- La nouvelle V8-66 de 21 CV dont le moteur est lui importé d’Amérique ou d’Angleterre.
Les carrosseries nouvelles, équipant ces deux voitures, proviennent des usines Chausson.
Ces modèles évolueront jusqu’à la guerre, sur la base d’un même châssis, équipés de ces deux motorisations, la gamme se déclinant en berline, coupé, cabriolet et même en break à carrosserie canadienne…



Caractéristiques techniques des "Ford V8" modèles 1936 :


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V8-62 :

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- Moteur 13 CV, 8 cylindres en V à soupapes latérales de 2225cm3 (66 x 81,3 mm) développant 60 Ch. à 3800 tr/mn.
- Transmission classique aux roues arrières – boîte 3 vitesses + MA.
- Direction à Vis et à galet avec volant à gauche.
- Freins mécaniques à tambours.
- Suspension AV et AR à essieu rigide avec ressort transversal à lames, celui de l’arrière est disposé après le pont.
- Pneus : 150 x 40
- Empattement : 275 cm.
- Voie : 142 cm.
- Poids : 1140 kg
- Vitesse 120 km/h
- Prix de la berline en février 1936 : de 24 900 F. à 27 900 F. selon finitions.



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V8-66

- Mêmes caractéristiques techniques que V8-62 sauf :http://idata.over-blog.com/0/2​3/15/62/Photos-2008/File0911a.​jpg


- Moteur 21 CV , de 3621 cm3 (77,8 x 95,2 mm.) développant 90 Ch. à 3800 tr/mn.
- Pneus : 6.00 x 16.
- Empattement : 285 cm.
- Voie : 148 cm.
- Poids : 1320 kg
- Vitesse : 130 km/h
- Prix de la berline : 31 800 F. à 32 800 F. selon finitions.



Après la guerre, la production des V8 sous la seule marque Ford France ( Ford SAF) ont été produites jusqu’en 1948 avec l’unique modèle V8 F92-A de 13CV ayant le levier de changement de vitesse au volant. Ces voitures étaient montées sur les chaînes de la nouvelle usine de Poissy.
En 1948 fut mis au point sa remplaçante qui prit le nom de « Vedette » de 13 CV animée par un nouveau moteur de 2158 cm3. C’était une "deux volumes" avec "fast-back" qui évoluera en 1952 en "3 volumes" "ponton", avec coffre. A la fin des années 50, Poissy est repris par Simca, sortiront alors les « Versailles », « Trianon » et « Beaulieu » à moteur Ford V8 qui seront les derniers modèles Ford fabriqués en France.

En 1956, ma Mère devant la Ford Vedette d'un ami de la famille ...


Le défaut majeur des Matford V8
, tenait à leur freinage peu endurant. Il fallait éviter de faire trop chauffer les freins qui perdaient assez vite de leur efficacité ceci pouvant présenter un handicap sérieux, sur une voiture lourde et puissante…
Autre défaut, l’auto, surtout en version 21CV, n’était pas un modèle d’économie en carburant. Je suppose que c’est pour cette raison que mon père a du s’en séparer au cours de l’année 1949, ayant trouvé, cette même année, la aussi atypique que curieuse Mercedes 130 H. qu’il n’a aucunement hésité à acheter … voir :


*Un peu de glossolalie : « mouiquer » dans le langage "farfandesque" vient de « mouic mouic » … sons qu’émet un chien inquiet ou dans l’attente de son maître, sorte de pleurs du chien …

Scan10210.jpg1.Scan10210.jpg1.Voir l'image en grand0 vote

1962 : L’attrait de la nouveauté s’exerçant et l’opportunité se présentant sous la forme d’une belle occasion à la station « BP » où mon père prenait son gas-oil le voici essayant une magnifique « 180D » de 1954. L’affaire fut vite conclue et, cet été là, nous roulions dans une Mercedes verte à la carrosserie plus moderne, à l’habitacle plus vaste et plus lumineux et aux performances en sensible amélioration par rapport à la vieillissante « 170D ». L’insonorisation avait aussi progressé et, à allure normale, la mécanique n’émettait qu’un sourd bourdonnement régulier et le moteur grondait moins lors des accélérations. Ce modèle possédait extérieurement des joncs chromés soulignant les renflements au dessus des passages de roues, reliant la base des phares aux feux arrières en suivant les courbures de la caisse via l’ébauche juste suggérée d’ailes arrières. S’y ajoutent des sabots d’ailes et des enjoliveurs spécifiques à ajours dont le motif central, le 58a17ed79c65clogo cerclé à 3 branches, se détache en chromé sur le même ton vert de la carrosserie. Ces superbes enjoliveurs recouvrent intégralement chaque jante. A la base et, de part et d’autre de la célèbre calandre verticale, des antibrouillards à la coque également chromée finissent d’habiller harmonieusement la proue si bien que de trois-quarts avant et de profil la voiture se remarque par sa silhouette luxueuse et son allure racée. Avec sa rutilante couleur verte difficile de passer inaperçu…


Scan10206.jpg2.Scan10206.jpg2.Voir l'image en grand0 vote
Cette magnifique auto mon père ne la conserva hélas qu’un peu plus de deux ans car en hiver 1963, entre Bressuire et Nantes, suite à un dérapage sur le verglas, l’accident qui en résulta, s’il fut sans gravité au niveau corporel, par contre, endommagea assez considérablement la voiture au point qu’il lui fallut en changer…


Ayant pris goût à la marque à l’étoile, voici mon père en quête d’une autre Mercedes…


Scan10213.jpg1.Scan10213.jpg1.Voir l'image en grand0 vote8658a17ed818154

C’est dans un garage de Nantes qu’il trouve la remplaçante… Une autre Mercedes 180D de 1957, et cette fois sans accessoires d’ornement externes aussi ostentatoires que sur la précédente. La nouvelle, dans la livrée noire est bien plus discrète, presque austère… Mais bon, l’essentiel y est : une mécanique fiable robuste et économique allié à un confort de roulement typé Mercedes … Cette auto mon père la conservera 25 ans et parcourra, avec, plusieurs centaines de milliers de kilomètres… Elle fut, au quotidien, son outil de travail infaillible (V.R.P.) et, d’aventures, son navire amiral lors de nombreux voyages en métropole et à l’étranger allant jusqu’à tracter sans jamais rechigner la lourde caravane Tesserault sur les petites routes de montagne tortueuses et pierreuses du Portugal…


File0052File0052Voir l'image en grand0 vote

Cette auto qu58a17ed8766c4i parcourut toute la campagne aux alentours de Mirebeau était bien connue dans toute la contrée… En Août 1971, après examen et expertise, cette voiture ayant parcouru avec sa motorisation d’origine plus de 500 000 Kms (572 000 exactement), en hommage pour elle et pour mon père, ils reçurent de la maison mère, une distinction honorifique). Une médaille ornait la calandre de la voiture et une attestation du constructeur fut accordée à mon père. A l’issu d’un concours du plus gros rouleur organisé par la « Daimler-Benz » cette 180D obtint une honorable deuxième place derrière une de ses consœurs qui avait effectué plus de 700 000 Km, sans doute un taxi de Lisbonne car le modèle très prisé au Portugal, y a accompli une carrière remarquable dans sa typique livrée noire au pavillon vert d’eau…

Mon père décédé à l’âge de 85 ans en Janvier 1988, j’héritais de cette fabuleuse auto…


Scan10208Scan10208Voir l'image en grand0 vote

58a17ed8c7f99Historique : La Mercedes 180 D vit le jour en 1953, elle reprenait le flambeau porté par sa devancière, la « 170 ». Elle inaugurait le type de carrosserie « ponton », reprenait la motorisation des « 170 Da et Ds ». La solidité et la fiabilité de cette auto sont plus que légendaires. Elle fera le bonheur de nombreux chauffeurs de taxi parcourant sans faillir des centaines de milliers de kilomètres. Aujourd’hui elle est prisée par les collectionneurs. En France, elle incita le doyen de nos constructeurs « Peugeot » qui comme le constructeur allemand s’était ,déjà avant guerre, lui aussi, essayé à la diesel familiale, à produire une concurrente, ce fut la 403 D qui en 1959 sortit des chaînes de production de Sochaux nantie d’un moteur « Indienor »




3 vues plans ext 180D.jpg4.3 vues plans ext 180D.jpg4.Voir l'image en grand0 vote


Caractéristiques techniques :

- Années de production : 1954 – 1962 (150 000 exemplaires produits)
- Carrosserie type « ponton » semi porteuse.
- 4 roues indépendantes - architecture du châssis repris à la « 170 » avec essieu brisé arrière à deux leviers puis , à partir de 1955, ancrés à un seul point de rotation.
- Moteur diesel de 1767 cm3 développant 40cv puis 43cv à partir des modèles 1957.
- Vitesse maxi rotation moteur : 3500 tr.
- Transmission aux roues arrière par arbre - Boîte à 4 vit. + MA avec levier au volant.
- Dimensions : L : 4485mm – l : 1740mm – h : 1560 mm – Empattement : 2650mm
- Poids : 1285 kg
- Capacité réservoir 56l
- vitesse maxi 115- 120 km/h


Vues ext &t int 180 D.jpg1.Vues ext &t int 180 D.jpg1.Voir l'image en grand0 vote
Hommage ultime pour mon père et sa vénérable auto, après mûre réflexion, je décidais de faire don de sa Mercedes au musée de l’automobile de Châtellerault sis en place de l’ex manufacture d’armes, sur les bords de la Vienne … Contact pris avec la direction de ce musée, moi, venant spécialement de Normandie, comme prévu, je remis donc l’auto à ce conservateur. C’est avec émotion que, l’ayant mise en route pour la dernière fois, j’en pris le volant pour la monter sur la remorque plateau du transport… Je ne devais plus la revoir… Tout un concours de circonstances fit que la voiture, que 15 ans plus tard, je croyais encore être au musée, n’y figurait hélas plus … Le directeur du musée étant décédé au début des années « 90 », son fils n’étant pas intéressé pour reprendre sa succession, c’est la ville de Châtellerault qui a racheté le musée et son contenu. Seulement voilà, pour amortir le coût de l’opération, une vente de certaines pièces de collections fut organisée et dans cette histoire disparue la Mercedes du père … Pour l’heure, je n’ai toujours pas retrouvé sa trace… je n’ai plus qu’à espérer que l’heureux acquéreur en prenne grand soin…

Pour le contexte , il y a 10 ans, j'écrivais ceci sur mon blog Le Mirebalais Indépendant :



Dernièrement j'ai retrouvé de vieilles diapositives couleurs de mon père que j'ai retraitées ; elles tombent à point pour illustrer cet article - Ci-dessus en 1960 à la Turballe (44)

Depuis quelques
, avec l’événement cinématographique « la Môme » dont le film est sorti et a été présenté dans les salles de cinéma, mercredi dernier, nous sommes plongés dans cette ambiance des années « 50 » « 60 »
Aujourd'hui, le salon « Rétro mobile » s’ouvre Porte de Versailles, alors l’occasion est trop belle pour en revenir à mes vieux démons automobiles… Il y a peu, j’ai rédigé un article sur la « Traction Avant » qui était encore très en vogue au début des années « 50 » ; je vais donc poursuivre dans ce sens et faire remonter un article rédigé au début de la mise en route de ce blog, article appartenant à la série « auto saga » : Les voitures de mon père … Il s’agit de la Mercedes 170D laquelle est contemporaine de la Traction et, qui, sous certains aspects extérieurs lui ressemble un peu, question style en rapport avec la tendance des lignes du moment …

Ce devait être pour les vacances de Pâques. Je revenais en car (STAO) du collège Saint-Louis de Saumur où j’étais en pension … Normalement je changeais de car à Loudun prenant la correspondance pour Mirebeau… Ce soir là, je n’ai pas eu à le faire car mes parents m’attendaient à la halte de Loudun… Embrassades joyeuses …
« Nous avons changé de voiture » lança mon père sur le ton de la surprise « devines laquelle est-ce ? »… Je balayais du regard l’esplanade Place du Chaussée et, parmi les quelques autos stationnées là, tentais de trouver laquelle pouvait bien être la nouvelle voiture familiale… Je n’ai pas longtemps hésité … c’était la Mercedes noire garée un peu plus loin à côté d’une vénérable "203"… Mercedes reconnaissable à sa calandre chromée haute noble et austère. Ce n’était pas une voiture récente … Il s’agissait d’un modèle 170D, de 1952, précisa mon père. Une ligne dans le style des Tractions mais en bien moins élancée. L’allure de la belle est nettement plus ramassée que celle des célèbres Citroën.

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Et c’est parti pour une promenade de 26 kilomètres afin de rentrer au bercail… Bruit mat des portières massives, siège de velours beige, (recouverts de housses en skaï rouge sur la photo), grand volant avec cerclo chromé, compteurs ronds ourlés de chrome, radio d’origine avec haut parleur avant et arrière… A l’époque c’était le pied quoi ! Ça démarre au premier coup de démarreur mais après le temps de préchauffage indispensable. Moteur qui, au ralenti fait un curieux bruit de casse-noisettes et qui, à l’accélération, ne s’emballe que très progressivement. Les voitures particulières diesels sont peu nombreuses à cette époque… Nous voilà sur la RN 147 et on prend de la vitesse… le « 90 » atteint, on s’y maintient, c’est en fait la vitesse de croisière de cette allemande là… Extraordinaire car elle garde cette même vitesse dans les côtes. Celle de Dandésigny sera avalée à cette allure et en haut de celle de Chouppes, juste avant Mirebeau, l’aiguille du compteur central indique "85 ". Certes la voiture n’est pas un foudre de guerre pour ses accélérations mais une fois lancée, c’est une vraie locomotive. Aujourd’hui on pourrait très bien rouler à bord de cette antique Mercedes en se maintenant dans le flot de circulation, bien en phase avec les limitations de vitesse imposées par le code de la route sur nos nationales et départementales… A l’intérieur le bruit du diesel n’est pas assourdissant preuve en est que je comprends bien les paroles de la chanson de Juliette Gréco : "La cuisine" - « Et puis y en a qui font florès en vison sport et Mercedes … » -Souvenir d’une première promenade dans la Mercedes de papa maman … Mon père avait trouvé cette occasion en allant à Paris pour acheter une "Frégate" afin de remplacer notre vieillissante « 2 CV » Dans un des garages visités, cette Mercedes rentrait pour la vente, mon père n’a pas bégayé pour l’en sortir... Mieux que la Frégate !… peut-être pas aussi esthétique mais, question matériel, c’était du solide et qui plus est, la voiture roulant au gas-oil était bien plus économique en coût de carburant surtout à cette époque où le litre de gas-oil valait à peu près la moitié du prix de celui de l’essence ordinaire… L’année suivante mon père achetait une caravane "Tesserault" de 1300Kg que la Mercedes tractait assez facilement en maintenant un bon « 75 » Une vraie locomotive cette auto ! Vacances, liberté, jamais de panne, mon père a gardé cette voiture jusqu’en 1962 pour la remplacer par une autre Mercedes : la « 180D ».

L'attelage sur la route des vacances quelque part en Bretagne en 1961



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Historique : La genèse des
Mercedes 170 remonte avant guerre. C’est en 1936 qu’est produite la première 170 d’abord en version cabriolet puis déclinée en berline. Ce sera l’unique modèle produit dans l’immédiat après guerre. De la série des 170, le modèle 170V servira surtout comme taxi berlinois, permettant à la firme de Stuttgart fort éprouvée par les dommages de guerre, de renaître de ses cendres…



Caractéristiques techniques :
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-Moteur Diesel 4 cylindres en ligne totalisant 1697cm3 et développant une puissance de 38 CV à 3200 tr/min. Couple : 9,8 m/kg à 2000 tr/min.

Bloc cylindre en fonte. Culasse en fonte avec soupapes verticales en tête. Distribution par pignons, poussoirs, tiges et culbuteurs – Alimentation par pompe et injecteurs BOSCH . Injection indirecte avec chambre de turbulence.
- Boîte de vitesse mécanique à 4Vit. et M.A commandée par levier central.
-Transmission par arbre tubulaire à manchon coulissant reliant boîte et pont arrière par deux flectors – Pont arrière articulé ( essieu brisé )
- Suspension à 4 roues indépendantes avec lames et amortisseurs à l’avant et ressorts hélicoïdaux et amortisseurs à l’arrière .
- Freins tambours à commande hydraulique sur les 4 roues
- Contenance réservoir : 42 litres
- Dimensions : Longueur hors tout : 4285mm – Largeur hors tout : 1630mm – Hauteur hors tout : 1610mm – Empattement : 2845mm
- Poids à vide : 1220 kg – Maxi en charge : 1545 kg.
- Vitesse maxi : 108 km/h


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Comparées ces deux voitures du point de vue style appartiennent bien à la même époque mais, la Française,à gauche, a des lignes bien plus élancées que l'allemande, à droite, elle, plus ramassée ...

Capital photos : photos et diapositives de famille // Pour la partie "Historique" et les photos de fin d'article : photos scannées sur livre "Mercedes" de Rainer W -Schlegelmilch - Hartmut Lehbrink - Könemann Edit. // Pour la partie Technique : croquis moteur scanné sur revue techniques Automobile de Novembre 1952

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La Première Reinastella de 1928 ... le style s'inspire encore de celui de sa valeureuse ainée la 40 CV.


Dans cet esprit de rétrospective automobile, enchaînons avec les Renault de très haut de gamme... Qui, aujourd'hui, soupçonnerait que notre constructeur généraliste « nomber one » en France, d'avoir été un fabriquant d'automobiles de prestige au confort et aux performances « premium » frisant, en son temps, avec l'excellence...
Nous allons le vérifier illico avec la présentation de la Reinastella. De 1933.
Cette « Reine » est la digne descendante de la fameuse 40 CV Renault, une grosse 6 cylindres de plus de 9 litres de cylindrée qui n'a cessé d'évoluer pendant les 20 ans de sa production commencé en 1908.
C'est au salon de Paris, en 1928 qu'est présenté la Reinastella … prestigieuse 8 cylindres de Billancourt... A cette époque Renault fait partie des grands noms de l'industrie automobile de Luxe tels que Delaunay-Belleville, Hispano-Suiza H6, Rolls-Royce Silver Ghost puis New Phantom et Isotta Frascheni 8A.

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Si en Amérique les plus grosses mécaniques vont dans le sens d'une surenchère au nombre de cylindres pouvant atteindre le nombre de 16 et la cylindrée dépasser les 12 litres, la première Reinastella se contente d'un moteur de 7125 cm3 développant 110 ch octroyant à cette lourde berline une vitesse de pointe de l'ordre de 130 km/h
A peine 2 ans après sa sortie, le fameux cataclysme boursier du 24 octobre 1929 va ruiner de nombreuses entreprises à travers le monde... est-ce donc opportun de poursuivre la fabrication de telles voitures de grand luxe et à l'extravagante puissance ?...il faut croire que justement dans ce créneau la production de ces « monstres » automobiles ne présente pas un mauvais investissement puisque Renault comme ses concurrents constructeurs de voitures de prestige, poursuivront la production de leurs véhicules très haut de gamme jusqu'à la veille de la deuxième grande guerre en 1939.

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Le Président Albert Lebrun à bord d'une Reinastella.


Au cours des années « 30 » Les grands noms de l'industrie automobile, malgré la crise sortent les plus belles et prestigieuses autos jamais produites. C'est une véritable débauche de technologie mécanique, une course à la puissance et à la grande classe grâce à des carrossiers de renom, qui fait passer l'automobile, objet de tant de convoitise dans son âge d'or... Voitures de riches pour gens fortunés, leur nombre ne faiblit pas et il s'en vend même de plus en plus... Pendant ce temps là, le petit peuple laborieux baille d'admiration devant ce déferlement de stars automobiles qu'ils ne pourront jamais posséder mais qui les fait rêver …
Et parmi celle-ci, la Reinastella de Renault, occupe une bonne place, elle est choisie par plusieurs générations de présidents de la République pour leur déplacement officiels ou en grande pompe...

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En carrosserie Limousine et coach

A partir de 1932, le bloc capot à double facette avant, en étrave, est changé, une nouvelle calandre à stries, plus fines et aux contours plus adoucies se fondant parfaitement avec les tons du capot cache moteur à volets, orne la face avant lui conférant, en proue, une allure bien plus moderne et bien en phase avec les standards de l'esthétique des voitures américaines du moment comme la Chrysler. Renault a traité cela avec beaucoup de maîtrise et le résultat est d'une grande élégance.

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Caractéristiques de la Reinastella 1933 :Moteur 8 cylindres de 7125 cm3 développant 130 Ch.
Alésage / course : 90 x 140 mm.
Puissance fiscale : 41 CV
Boîte 3 vitesses non synchronisées avec 4ème sur-multipliée sur les modèles sport.
Freins à tambours à commandes mécanique par câbles et servofrein.
Direction à vis et secteur avec volant à droite.
Suspensions avec ressorts à lames
Longueur Berline 5 places : 536 cm - Limousine 7 places : 560 cm.
Largeur : 192 cm.
Empattement : 371 cm.
Poids : 2700 kg.
Vitesse : 145 km/h
Prix : modèle usine - Berline : 150 000 F. - Limousine : 160 000 F.




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La Classe, c'est aussi une certaine sobriété des lignes. Après 1933 la Reinastella est déclinée seulement en Reinasport. C'est l'appellation Suprastella qui sera choisie jusqu'à la fin des années "30" pour désigner les modèles haut de gamme Renault.


Sources : "Automobilia" N° 59 - "Toutes les Renault" de René Bellu.
La Classe, c'est aussi une certaine sobriété des lignes. Après 1933 la Reinastella est déclinée seulement en Reinasport. C'est l’appellation Suprastella qui sera choisie jusqu'à la fin des années "30" pour désigner les modèles haut de gamme Renault.


Faisons un bond de 60 années en arrière !… Vous les jeunes, n’avez pas connu ce temps là, ce bonheur indicible de voyager dans une vraie guimbarde qui, à ce début des années « 50 », avait déjà 21 ans d’âge !…
Ah oui bien sûr, l’auto a évolué depuis cette époque où entreprendre un voyage tenait de l’expédition !… GPS… n’y comptez pas ! Climatisation… ça n’existait pas sinon au pays de l’oncle Sam pour les volumineuses et interminables Cadillac, Buick, Chrysler et consort… Ah mais on en voyait pas mal en ce temps là des ricaines aux chromes flamboyants !… N’oubliez pas que nos amis Alliés Américains sont restés en métropole jusqu’à la fin des années 60…

Les deux illustrations ci-dessous, montrent un ouvrage de reference pour les amoureux des "fifties"

http://img.over-blog.com/210x3​00/0/23/15/62/photos-2013/001-​copie-1.jpghttp://img.over-blog.com/212x3​00/0/23/15/62/photos-2013/002-​copie-1.jpg

Dans le paysage automobile des années « 50 » il y avait vraiment de tout en circulation, sur les routes de campagne et sur les grandes nationales encore partagées avec des cyclistes, des cyclomotoristes et des meneurs de véhicules hippomobiles en tous genres. Le revêtement des voies de communication était de qualités bien diverses et souvent médiocre : il y avait des routes blanches, poudreuses où chaque passage d’auto soulevait des nuages de poussière, des routes goudronnées et gravillonnées avec des « nids de poule » en abondance, des routes bien asphaltées mais par portions irrégulières. Sur la plupart des routes départementales, la signalisation était bien souvent insuffisante pour prévenir des dangers… quant à l’indication des lieux de destinations, hors des grandes routes, il valait mieux disposer d’une carte Michelin et au besoin se servir de sa langue pour demander sa route aux autochtones croisés en chemin…
Revenant au paysage automobile de cette époque, au milieu de années « 50 », il faut aussi savoir que des voitures des années « 20 », « 30 », « 40 » étaient encore en circulation au côté des contemporaines de dernière génération, telles que la 203 Peugeot, la Simca Aronde, la Dyna X Panhard, l’incontournable Traction, et la très élémentaire 2CV de Citroën, la populaire 4CV, l’indispensable Juvaquatre break et la pimpante Frégate de Renault, puis, la Vedette de chez Ford qui jouait déjà la star !…
Quelques Hotchkiss « Anjou » ou « Grégoire », Delahaye 165, Talbo-Lago, élégantes et surtout très bourgeoises, vous dépassaient parfois, vous « semant » façon snob, avant de disparaître au bout des longues lignes droites…
Dans cette décennie de l’après-guerre, posséder une auto, même ancienne, était encore réservé aux plus nantis… Il fallait compter avec le coût d’achat et de l’entretien de ces voitures pour qui les pannes n’étaient pas rares même si la robustesse des caisses et la solidité des mécaniques faisaient bonne réputation aux autos d’avant-guerre… néanmoins il fallait passer au garage régulièrement pour des problèmes récurrents de carburateurs au gicleur bouché, d’allumage, pour des têtes de delco humides, des vis platinées pas assez ou trop écartées ou des bougies encrassées s’agissant du moteur, pour des réfections de garnitures de tambours, des ruptures de câbles ou de fuites hydrauliques s’agissant des freins, avaries auxquelles s’ajoutaient les crevaisons de pneumatiques qui étaient « monnaie courante » en ce temps là…

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Garage Saint-Jean à Blaye (33) - Photo aimablement mise à disposition par Francis Roll *

Eh bien, à propos de garage, mon père en a tenu un, en Gironde, à Lesparre en Médoc, cela pendant presque 3 années de 1951 à 1954 y faisant, outre les services de réparations et de distribution d’essence, la vente de voitures d’occasions …
Vous dire qu’entre mes 7 et 10 ans j’ai vu défiler un nombre incalculable de guimbardes dans le garage du père !… Des autos des années 20 et 30, essentiellement, allant de la pitchounette 5CV » Citron » à l’énorme Renastella 38 CV limousine Renault en passant par des Chenard et Walker de tous âges, des Salmson sport et autres Mathis !…

http://idata.over-blog.com/0/2​3/15/62/photos-2013/Mathis.jpgNous y voilà ! Les Mathis ! Ah mon père raffolait de ces autos produites en Alsace, qui, selon lui, étaient bien construites, robustes, économiques et même confortables !...
Hélas, il ne me reste aucune photo de ces Mathis du père. Je remercie vivement Francis Roll qui m'a autorisé à publier les deux-photos ci-après.
Nous en avons eu deux dont je me souviens : une commerciale grise de 1932 EMY 4 et une berline 4 portes de 1933 EMY 4-F

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Photo aimablement mise à disposition par Francis Roll *

Souvenirs de voyages avec L’EMY 4 commerciale grise …
Une à deux fois l’an, nous allions à Charroux dans le sud Vienne, distant de 250 kilomètres en passant par Bordeaux ou 170 kilomètres seulement, en prenant le bac à la Pointe de Grave… tout dépendait des horaires de traversée et donc de notre heure de départ…
En tous cas, nous passions pour le moins de quatre à cinq heures en auto et le voyage durait bien une demi journée en tenant compte des haltes indispensables…
En Mathis, ne croyez pas que l’on allait « brûler le pavé » (expression du père pour indiquer que l’on roule vite ou à « tombeau ouvert » ) Cette auto a une vitesse de croisière qui se situe entre 65 et 70 km/h … Donc on roule pépère… ça donne le temps d’admirer les paysages qui défilent à allure de sénateur et, pour passer le temps, rien de mieux que d’entamer des airs de chansons, ce que mes parents adorent faire en voyageant... « Sur la route qui va, qui va, qui va et qui n'en finit pas... » - « Feu follet » - « La goualante du pauvre Jean » - « Nuits de Chine, nuits câlines, nuits d’amour » - « Rose Blanche / Rue Saint Vincent » On ne s’ennuie pas à bord appréciant cette journée d’évasion même si de temps à autre des relents d’essence ou d’huile chaude remontent dans l’habitacle parfois plus entêtant que les rengaines reprises en cœur… Ah que j’aimais ces instants, la joie de voyager en famille, notre brave chienne Poppie couchée sur la banquette à mes côtés !…
A mi chemin, c’était l’arrêt restaurant, et dans la foulée l’occasion de faire un passage à la pompe, avec l’indispensable vérification des niveaux d’eau du radiateur et de l’huile moteur… notre vénérable monture avait, elle aussi, droit à tous les égards !...
Suivant la saison, c’est à la nuit tombée que nous arrivions à Charroux … Route de nuit, halos des phares jaunes qui illuminaient les façades à gauche et à droite de la route, lors des traversée de villages dont les rues étaient justes éclairées par quelques rares lampes blafardes, suspendues au-dessus de la chaussée, lueurs aux fenêtres et volets clos… Passé 7 heures du soir, on rencontrait peu d’usagers en ces temps là, ce qui n’empêchait pas d’être vigilent à cause des piétons éméchés titubant sur la chaussée et des vélos souvent non éclairés. Il arrivait qu’une auto nous ayant dépassés, mon père accélère, prétextant que la devancière allait ainsi nous tracer la route. Soudain sorti de mes rêves, fixant la platine centrale du tableau de bord, je suivais la progression de l’aiguille du compteur rectangulaire gradué jusqu’à 120 : 70... 75… 80… 85… là, on ne devait pas être loin de la vitesse maximum de la Mathis dont le moteur atteignant son régime le plus haut se manifestait bien plus bruyamment… Devant nous, l’unique feu rouge de la voiture que nous tentions de suivre s’éloignait néanmoins. J’aimais particulièrement ce spectacle de l’ensemble des jeux, à distance, des projecteurs éclairant bas côtés et frondaisons. Dans chaque courbe, l’ éclairage de la voiture de devant disparaissait, ne nous illuminait la route que celui de notre voiture puis, à notre tour, sortant du virage, dans une nouvelle portion de route droite, on retrouvait la meneuse… qui nous distançait petit à petit… chez les scouts, il y a bien des éclaireurs, et dans ma pensée, il ne faisait alors aucun doute que, sur route de nuit, parmi les autos en circulation, il y a aussi des éclaireuses… Par temps de pluie, les vitres se couvraient vite de buée, il n’y avait pas de chauffage dans la Mathis, la chaleur humaine de ses passagers compensant… L’hiver on avait vite les pieds gelés et la goutte au nez ; il valait mieux rester bien couvert à bord …
Alors quand, à l’heure du dîner, nous arrivions chez la Tata et la Grand-Mère, nous apprécions la bonne soupe fumante et gouleyante qui réchauffait les corps… Place du Parvis, notre vieille Mathis, elle, pouvait enfin apprécier la fraicheur de la nuit…

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Photo aimablement mise à disposition par Francis Roll *

La Mathis EMY 4-F de 1933 noire …
Caractéristiques techniques :
Sur l’ensemble des années 32/33/34, le modèle EMY 4 a évolué plusieurs fois au niveau des carrosseries. En 1933, Mathis présente la version « Dynamic » dont le montant de pare-brise est plus incliné et la partie arrière de l’habitacle est plus étirée en « talus » et pour faire plus sport, les marchepieds ont été supprimés.
Celle que nous avions, c’était l’EMY 4-F dite « Normale » par opposition à la « Dynamic » et dont la caisse est de type carré, avec le pied de pare-brise vertical et un marchepied liant les ailes avant et arrière aux garde-boues en arrondi très enveloppant…
- Groupe moto propulseur à 4 cylindres de 1445 cm3 (68 x 99,5 mm) – 8CV fiscaux – puissance réelle de 35 Ch à 3500 tr/mn …
- Transmission classique par pont, aux roues arrières et boîte à quatre vitesses + MA
- Empattement de 273 cm – Voie de 134 cm.
- Suspension avant et arrière à essieu rigide avec ressorts longitudinaux à lames.
- Freins mécaniques (commandés par câbles)
- Poids 980 kg
- Vitesse maximum : approximativement 95 km/h
- Consommation suivant le rythme et la charge que l’on imposait à cette auto elle pouvait varier entre 8 et 13 litres aux cent kilomètres. A noter qu’avant la crise de Suez l’essence n’était encore pas une source énergie aussi onéreuse que de nos jours et les automobilistes de cette époque, ne regardaient pas trop à la dépense, s’agissant de la consommation en carburant de leur véhicule…
Si la Mathis grise, nous ne l’avions eu que quelques mois, celle dont il est question maintenant, mon père avait du l’acquérir à la fin de l’année 1953… Cette auto avait donc 20 ans d’âge … Je suis dans l’incapacité de vous dire quel était son kilométrage mais le fait est que nous l’avons gardée jusqu’en 1956 où elle fut remplacée par une 2CV Citroën de 1954…
Quoi qu’il en fût, mes parents ayant revendu le garage ont quitté Lesparre en 1954. Au Printemps de cette année là, mon père avait repris ses activités de VRP et s’était lancé dans la vente de produits vétérinaires, allant de ferme en ferme, prospecter pour les laboratoires Laboferme, Porvigor-Supranimal et Saint-Médard… Du lundi au Samedi inclus il sillonnait toutes les routes et chemin du Nord Vienne et Nord Deux-Sèvres pour établir sa clientèle. A bord de sa Mathis bien chargée, en marchandises, il partait le matin dès 6 heures et rentrait souvent tard le soir parfois au delà de 22 heures… Il fallait cette disponibilité pour créer et fidéliser une clientèle exclusivement paysanne, elle aussi âpre à la tâche, travaillant tôt et se couchant tard.
Vaillante la Mathis… que de kilomètres elle a parcourus ! En période de vacances scolaire, il arrivait que j’accompagne mon père en tournée. J’ai pu constater sur quelle route il était amené à se déplacer imposant des parcours de cross à la vénérable Mathis : ornières, boues, cailloux, la guimbarde cahotait sur des chemins quasi impraticables. Pourtant, rares furent les fois où mon père dû recourir à un attelage équin ou motorisé pour se sortir d’un embourbement… la Mathis infatigable, s’accommodait des pires situations… Une complicité devait s’être établie entre elle et mon père… J’aimais ces haltes chez ses clients, les explications et recommandations du père qui avait le don de convaincre même le plus réticent des éleveurs. Il travaillait en sympathie avec ses clients et ses tournées se sont assez vite organisées avec passage régulier chaque mois chez chacun d’eux. Après discussion dans l’étable, et visite au bétail, il m’envoyait quérir une boîte de 6 ampoules de « Supranimal » ou bien un sac de 5 Kg de compléments minéraux dans les cartons rassemblés à l’arrière de la Mathis dont il avait préalablement enlevé l’assise … Je pensais que la commerciale que nous avions eu avant, disposant d’un double hayon, aurait été sans doute mieux adaptée à son commerce… Mais c’est ainsi il fallait s’accommoder de la berline… Un vrai mulet !...
L’année suivante, en Eté 1955, nous nous installions à Mirebeau. Mon père ayant nombre de clients sur les Deux-Sèvres, il s’en rapprochait ainsi et cette localité se trouvait en position plus centrale dans le circuit imposé par ses tournées. Il avait augmenté sa clientèle et, en même temps, la diversité de ses produits avec entre autres, du phytosanitaire destiné à l’assainissement des dépendances abritant le bétail. Les sacs de « Quino-blanc » pour blanchir les étables et détruire les parasites, pesaient 25 kilos, je me souviens d’en avoir chargé jusqu’à 10 dans la Mathis !... en plus des cartons contenant les autres produits…
Les mois passaient et chaque soir la Mathis rentrait au garage après un périple quotidien qui dépassait souvent les 100 bornes…
C’est le père W. garagiste à Mirebeau qui assurait l’entretien de la Mathis, effectuant les réparations courantes… toutefois, en dépit des kilomètres qui s’ajoutaient jour après jour, elle n’a jamais connu de casse moteur … C’est donc au garage W. qu’on lui posa des clignotants dont elle n’était pas dotée d’origine lorsqu’en 1955, un décret de loi, l’imposa à tous les véhicules automobiles en circulation… avant, pour indiquer que l’on allait tourner ou changer de direction, on tendait le bras à la portière et ce n’était surtout pas pratique pour indiquer que l’on allait dépasser un usager quand, seul à bord, on dispose d’une conduite à droite… mais, à cette époque, notre Mathis était bien plus souvent dépassée, qu’apte à entreprendre une telle manœuvre !...

Mon père a communiqué sa passion de la pêche à ma mère...
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La distraction favorite de mon père c’était la pêche. Mirebeau, sur sa colline n’est pas sis au bord d’une rivière, il faut donc se déplacer pour trouver un cours digne de ce nom et c’est le Thouet, dans les Deux-Sèvres, que mon père fréquentait le plus souvent. Pour ça, nous faisions la bonne trentaine de kilomètres nous séparant du lieu de pêche et c’est en famille, dans la Mathis que nous effectuions cette expédition dominicale des beaux jours… Nous partions aux aurores, notre auto, cette fois chargée de la lourde glacière avec son demi pain de glace, tenant au frais les vivres du pique-nique, des sièges pliants, et d’un bon lot de cannes à pêches avec leurs accessoires… Et bien sûr la chienne Poppie était de la partie … Cette fois là nous étions allé à Ligaine au sud de Thouars…

Poppie savait "faire la belle" !...
http://idata.over-blog.com/0/2​3/15/62/photos-2013/img143b.jp​gCet après-midi là, le temps s’est soudain fait lourd, de gros nuages d’orage s’avancent au dessus de nos têtes et, au loin, le tonnerre gronde déjà … c’est alors que l’on s’aperçoit que la chienne a disparu. Elle a une peur maladive de tout ce qui est détonation et les orages l’affolent particulièrement… sûr qu’elle n’aurait été d’aucune utilité à un chasseur… Où donc est allée se réfugier la Poppie ? Nous partons à sa recherche. En vain, elle n’est nulle part et toutes les personnes questionnées dans les parages nous disent ne point avoir vu notre chienne. C’est alors que je me rends compte que les vitres à l’avant de la Mathis sont baissées… aurait-elle sauté pour se réfugier dans la voiture… bingo ! Elle est bien là, haletante, au fond, derrière les dossiers des sièges avant… Elle a sauté dans la voiture ; même s’il y a un marchepied, la portière est haute… la peur donne des ailes, il faut croire !…
Rassuré à son sujet, l’orage se rapprochant on a replié notre matériel et repris le chemin de la maison…
Il y eut aussi cette course incertaine avec une 2CV sur la RN 10 entre Jaunay-Clan et Grand-Pont… mon père s’étant fait dépasser par la petite Citroën, très prisée à cette époque, sans doute vexé qu’une 2CV laisse sur place notre honorable Mathis de 8 CV, a accéléré pour suivre l’insolente 2CV qui tournait à un bon « 80 »… l’ayant rattrapée, il a bien tenté de la dépasser mais, cette fois, le conducteur de la Citroën, s’en étant rendu compte, a aussi accéléré si bien que l’on s’est retrouvé de front, ayant atteint l’un et l’autre sa vitesse maximum frisant le 85 au compteur… Ne voulant pas risquer l’accident, ma mère hurlant à ses côtés « Arrête Marcel laisse-le filer ! », mon père a aussitôt relevé le pied de l’accélérateur et laissé la 2CV prendre du champ … « Bigre il devait vraiment être à fond celui-là ! C’est sans doute parce qu’il a le vent dans le dos, que ce petit moulin entraine aussi vite sa 2CV, sans cela, je l’aurai semé à mon tour… » Commenta mon père un peu dépité …
En 20 ans, les progrès en matière de mécanique automobile sont manifestes, indéniablement… ceci explique qu’au niveau de la puissance spécifique et du rapport poids/puissance, des moteurs de cylindrée bien inférieure sont presqu’aussi performant et parfois même plus, à l’usage, que leurs ancêtres bien plus cubés !…
Est-ce cette démonstration qui a décidé mon père à changer de voiture ?… En tous cas, au Printemps « 56 », il avait trouvé une remplaçante à la Mathis et c’était une 2CV de 1954 animée par un petit bicylindre refroidit par air de 375 cm3 développant 9 Ch* !… - (*Celle que nous poursuivions et tentions de dépasser devait être une 425 cm3 développant 12 Ch… ) - Certes, l’auto était plus moderne mais aussi plus spartiate…
Pratique et économique pour faire des tournées en campagne ça, la nouvelle venue l’était indéniablement, mais certainement bien moins performante que la Mathis et question chargement, il n’était plus envisageable de lui faire emmener en sus, les 10 sacs de « Quino-blanc », comme sa devancière…
La Mathis est restée encore le temps d’une saison sous le hangar qui servait de garage rue Hoche puis, un jour rentrant de l’école, j’ai constaté qu’elle avait disparu, mon père ayant trouvé acquéreur…
Quand on est jeune on préfère tous ce qui est nouveau c’est bien normal, en matière d’auto, j’étais de ceux-là, bien-sûr… et puis vis-à-vis des copains qui vantaient l’auto de leur famille, on n’aimait pas se sentir inférieur ou trop rétro, alors je n’ai pas été triste de ne plus voir la Mathis…
Aujourd’hui, ceux de ma génération et aussi des bien plus jeunes qui en ont les moyens, le temps et l’opportunité s’entichent des voitures anciennes et parfois très anciennes. Plus qu’une mode c’est aussi une passion pour ces amoureux de vieilles mécaniques, des autos parfois devenues épaves qu’ils restaurent avec beaucoup de soin et de talent jusqu’à les faire apparaître comme flambantes-neuves…

Restauration d'une Mathis MY de 1929

Lors de rencontres entre fans d’anciennes, quelle joie pour chacun de ces « artistes » de sortir leur « bijou » et de parcourir en famille ou entre amis, à allure de sénateur, les charmantes routes de notre belle France…
Allez visiter ce site en lien, ci-après et vous constaterez que les Mathis c’est du passé qu’on n’a surtout pas oublié !...


Merci à Francis Roll pour ce site riche magnifiquement constitué ! Merci à tous ces passionnés restaurateurs d'Anciennes ! ...


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